Tout au long de l’Euro 2016, l’équipe de rédacteurs de l’association fribourgeoise Boxing Day apporte son regard sur la compétition qui se déroule actuellement en France. A déguster, à commenter, et à partager sans modération!

Présent pour la première fois en phase finale d’une compétition internationale depuis 1958, le Pays de Galles n’a pas déçu ses supporters pour son entrée en lice et sa victoire obtenue face à la Slovaquie. Place maintenant au grand rival anglais.

Quelle attente !

58 ans. Les supporters gallois ont dû attendre 58 longues années avant de pouvoir ressentir de l’intérieur les émotions procurées par une participation à une grande compétition internationale. Sur le terrain, les Gallois étaient conscients qu’ils allaient écrire une nouvelle page de leur histoire. Et que cette histoire pouvait rapidement se transformer en best-seller en cas de succès face à la Slovaquie.

Alors bien sûr, le Pays de Galles n’est pas l’Allemagne. À un détail près: il possède en son sein l’un des tous meilleurs attaquants de sa génération, Gareth Bale. Les observateurs avaient d’ailleurs tous accordés leurs violons sur un point avant le coup d’envoi de ce grand rendez-vous: la forme de l’équipe et sa capacité à se surpasser serait forcément liée à celle du joueur du Real Madrid. Impérial lors des qualifications, impliqué dans plus de 80% des réussites de son équipe, Bale a fait honneur à son statut de légende en son pays. Face à la Slovaquie, il ne lui a fallu que 10 minutes pour se mettre en évidence et mettre tout le monde d’accord.

«Avant, je regardais ce genre de tournoi à la télévision. Maintenant, je les joue. C’est énorme.» Gareth Bale, attaquant gallois.

Ne pas plier sous la pression, c’est l’apanage des grands joueurs et sans nul doute, Gareth Bale en fait partie. Concentré, précis et rempli de sang-froid, l’attaquant n’a pas tremblé au moment de décocher une frappe vicieuse et pleine de puissance à 25 mètres du but slovaque. Un pied gauche doté d’une précision chirurgicale et un ballon-laser qui fini sa course au fond des filets: il n’en fallait pas plus pour faire chavirer une bonne partie du stade de Bordeaux dans l’euphorie. Déjà, le pari semblait gagné.

Le but de Gareth Bale lors du premier match contre la Slovaquie. 

L’égalisation signée Duda a toutefois eu le mérite d’instiguer le doute dans les têtes galloises. Mais c’est un secret de polichinelle. Un Britannique ne se dégonfle jamais, surtout lorsqu’il est acculé et dos au mur. C’est justement grâce à ce fameux «fighting-spirit», combiné à la ferveur populaire ressentie en tribune, qu’Hal Robson-Kanu a pu définitivement sceller l’issue de cette partie en propulsant du même coup ses supporters au septième ciel. Les hommes de Chris Coleman ont bouclé une petite partie du chemin. Ils savent cependant que le rendez-vous avec l’histoire, le vrai, aura lieu jeudi à Lens. La formation au dragon a fait le plein de confiance avant ce fameux derby qui sent déjà bon la poudre. Les Anglais sont prévenus.

England: here we come!

Anglais et Gallois ont beau être nés sous la bannière du Royaume-Uni, ils n’en restent pas moins d’éternels rivaux. N’allez jamais leur dire qu’ils se ressemblent, ce serait un crime de lèse-majesté… Un Anglais n’est pas Ecossais, un Irlandais n’a rien d’un Nord-Irlandais et encore moins d’un Gallois, vous suivez ? Je vous vois venir, avec votre petit sourire en coin. Finalement, c’est vrai qu’un Français n’est pas si différent d’un Suisse. Ah là, tout de suite, je vous vois froncer les sourcils et hocher la tête ! Et bien au Royaume-Uni, c’est la même chose. Ces pays sont voisins, certes, mais leur histoire est complexe, entre un destin lié et à la fois radicalement différent, où se mêlent politique, religion et sport. Mixez le tout et vous obtenez un cocktail des plus explosifs.

Du ballon ovale au ballon rond

D’ordinaire, une affiche Angleterre-Pays de Galles fait plutôt saliver le monde de l’ovalie. Les deux sélections se sont affrontées à maintes reprises et se connaissent par cœur. L’engouement qui entoure ce grand classique de rugby atteint toujours des sommets, que ce soit en Coupe du monde ou lors du Tournoi des 6 nations.

Mais cette année, ce sont bien les fans de football qui auront l’occasion de vibrer. Le 16 juin, les deux pays seront opposés à Lens pour l’une des rares confrontations de leur histoire. Jusqu’à présent, le Pays de Galles n’a jamais eu voix au chapitre. Pire, les Gallois ont perdu leur quatre dernières rencontres et n’ont jamais réussi à prendre à défaut la défense anglaise. Imaginez l’importance et la portée de ce but, qui permettrait à toute une nation de se lever comme un seul homme. Bale, Ramsey, Allen et les autres y pensent depuis le tirage au sort des groupes, c’est une certitude.

Le milieu de terrain anglais Jack Wilshere

Gagner est donc un devoir. Perdre un gigantesque camouflet, cela dépend de quel côté on penche. Pour l’Angleterre, une défaite face à ce petit voisin est inconcevable, inimaginable même, c’est une question d’honneur. Pour le Pays de Galles, vaincre la grande Angleterre est un rêve, c’est une question de fierté. Le terrain attendra encore quelques heures, mais le derby, lui, a déjà bien commencé en coulisse.

«Nous savons que le Pays de Galles ne nous aime pas. Et nous, l’aimons-nous? Pas vraiment!» Jack Wilshere, milieu de terrain anglais.

La guerre des mots fait aussi partie du spectacle et permet de donner corps au derby. Déstabiliser l’adversaire au travers d’une phrase assassine, le critiquer ouvertement sur ses performances pour le toucher dans son orgueil, c’est justement la tactique employée par Gareth Bale avant la partie face à la Slovaquie. Le Gallois n’a pas manqué d’égratigner le grand frère anglais en pressant là où ça fait mal.

«Je pense qu’on est plus fier de nous et qu’on a plus de passion qu’eux»: voilà ce qu’a répondu le numéro 11 gallois à la question posée par un journaliste en conférence de presse. Bale n’est pas dupe. Il sait pertinemment qu’une petite phrase lancée de façon anodine va provoquer des remous et l’ire du camp adverse. Quelques heures plus tard, bingo! L’ondée est bien arrivée aux oreilles des Three Lions et la réponse, cinglante, ne s’est pas faite attendre. Roy Hodgson, le sélectionneur, a regretté un «grand manque de respect». Jack Wilshere, le milieu d’Arsenal, a lui promis aux Gallois de vivre l’enfer. Les dizaines de milliers de supporters qui se rendront dans le Nord de la France sont avertis: le derby est bel et bien lancé. Ne reste plus qu’à prouver maintenant que le Dragon gallois mérite d’être couronné roi.

Cet article a été publié préalablement sur le site de l’association Boxing Day.