Au salon du livre de Genève au stand des éditions Helis Helas, un auteur brille par son absence. Alors que les écrivains profitent de ce genre d’événement pour rencontrer leurs lecteurs, celui là fait dans l’anonymat.

La Vérité sur Donald Trump, premier roman de Dick Joekers, sort en librairie en mai 2016.
La Vérité sur Donald Trump, premier roman de Dick Joekers, sort en librairie en mai 2016.

Tout comme son éditeur, je ne connais pas Dick Joekers. Je n’ai moi non plus jamais entendu parler de lui. J’ai moi aussi cherché dans les « Pages Blanches »… rien. J’ai regardé sur Google… toujours rien. « Quand Joekers a déposé son manuscrit, il m’a laissé un mot me disant que je devais le publier aussi vite que possible » explique l’éditeur, « il a précisé, le temps presse, Donald Trump est toujours vivant »

Le roman est bien torché les situations bien campées et les dialogues parfaitement envoyés : difficile de ne pas y voir la patte d’un professionnel. Le portrait du roi Trump est irrésistible. Il arrive qu’au fil de la plume les romanciers résolvent des mystères quand ils n’annoncent pas l’avenir. Certains appellent cela de la claire-voyance ou de l’intuition. Il s’agit plutôt de logique d’écriture. Le mouvement du roman de Dick Jockers tend vers une fin inéluctable dont on ignore si elle restera de l’ordre de la fiction.

Je ne sais pas qui est Dick Joekers. Je ne sais qu’une chose, ce n’est pas Joël Dicker. Tout le mal qu’on peut souhaiter au premier c’est d’avoir autant de succès que le second. Aux lecteurs de Sept à qui nous offrons quelques extraits de « la vérité sur Donald Trump », et aux autres, de jouer…

Fabrizio Calvi.

 

La Vérité sur Donald Trump

Par Dick Joekers

« La vérité c’est qu’il n’y en a point. » Dieu

Chapitre: 1

Quand il quitta la scène, laissant la foule en délire orpheline de son dieu et roi, il se demanda comment il avait bien pu faire tout ça… J’en ai tellement fait. Comment est-ce que j’arrive encore à tenir ? D’où je tire cette énergie ? Pas tellement ça la question, mais plutôt comment j’y suis arrivé ? Comment je me retrouve à un poil de devenir le type le plus puissant de la planète ? Moi, Donald Trump, l’un des hommes les plus riches de la Terre, sur le point maintenant de devenir le gars le plus puissant… Obama n’a jamais eu le fric. OK il s’est emparé du pouvoir… chapeau, mes félicitations… mais il n’a jamais eu le FRIC ! Moi j’aurai les deux ! Je suis à un pet de devenir LE MEC LE PLUS PUISSANT QUI AIT JAMAIS HABITÉ LA PLANÈTE TERRE ! Je dis que je veux redonner à l’Amérique la grandeur qui a été la sienne. Bien sûr que je le veux. Mais l’Amérique, c’est pas mon but. Mon but, c’est le monde. Pourquoi s’arrêter aux frontières de l’Amérique ? Bien sûr que je dis que je vais construire un mur le long de cette foutue frontière mexicaine. Mais tout ça c’est des conneries. Pas abruti à ce point, moi. Je suis chrétien, bordel de Dieu, non ? Le pape avait foutrement raison

quand il a dit que construire des murs, c’est pas chrétien… Au fond, il est exactement comme moi. Il essaie juste d’engranger des votes. Je veux dire, ce gars-là a quand même bien un mur tout autour de son foutu Vatican ! – sauf erreur. Bon, de toute façon, le pape et moi on est copains… Ben oui, c’est un bon type, j’veux dire… Sa baraque est même plus grande que la mienne… Mais revenons à mon but… D’abord conquérir l’Amérique… viser le fauteuil le plus convoité du pays le plus puissant de la planète. Eh oui, ainsi va le monde. Pour décrocher l’Amérique, je dois perdre mon temps à parler de murs à construire. Une fois décrochée la timbale, on n’en aura plus besoin, de ces saloperies de murs… mais d’abord il nous faut ces votes… des paquets de votes. Qui dit votes veut dire pouvoir. N’importe qui, je veux dire, qui a lu Machiavel au jardin d’enfants sait très bien que le jeu s’appelle le pouvoir. Et depuis le jardin d’enfants, ma vie entière a tourné là autour. Le pouvoir… par-dessus tout… C’est ça le gros thon… On s’est fait le New Hampshire. On s’est fait le Nevada. Vraiment sur le dos du cochon, qu’on est… Encore quelques États et c’est moi qu’ils vont nominer. Après, on va faire la peau ou de Barnyard Bernie ou de Halloween Hillary… On va les laminer en papier chiottes. Parfait pour m’essuyer le cul après avoir chié sur eux… Mais à vrai dire, je les aime plutôt bien, ces deux-là. Je veux dire, prenons

eux… Mais à vrai dire, je les aime plutôt bien, ces deux-là. Je veux dire, prenons

Hillary… Après tout ce qu’elle a morflé, celle-là, car elle en a vu, du pays : comment ne pas l’aimer ?… Bill qui enfilait n’importe quelle pute… Le fiasco libyen… les e-mails. Et elle se tient toujours droite sur ses pattes. Bel et bien là, encore… Du nougat, cette Hillary… et coriace avec ça… Prenez Bernie… Tonnerre, pas de sa faute s’il est un foutu socialiste. J’en serais sûrement un moi- même si j’avais été élevé comme lui. Merde, enfin. Jésus était bien socialiste, non ? Il a donné du pain à tout le monde, ces trucs-là. Essayé d’aider les pauvres diables… Pas de mal à distribuer un peu de son flouze… Mais d’abord, tu dois te le remplir, ton bas de laine… Et j’aimerais bien que Bernie arrête de ressortir toutes les cinq minutes ces conneries sur le 1% de riches possédant les 90% des richesses ! Pas de ceux qui ont le pactole, qu’il s’agit… C’est ce que les riches FONT avec ce qu’ils ont, qui compte ! Et y’aurait pas un seul pelé qui comprenne ça ? Si Bill Gates crée des super jobs, paie bien ses employés et vire toute sa

fortune pour améliorer cette saloperie de monde, eh bien c’est diablement mieux que ce foutu gouvernement qui a toute la richesse et qui la gaspille en aide sociale pour des gens qui vont juste continuer à en réclamer encore plus. « Gates vs. Gouvernement » ? À chaque coup, c’est Gates gagnant… Et Dieu, hein, Dieu possède 100% des richesses et personne lui en veut ! Et Dieu veut que je gagne… Il me l’a dit tellement de fois… Et je vais gagner. Gagner l’Amérique et le monde entier… On est tous les enfants de Dieu, putain.

Trump rejoignit ses deux fils dans les coulisses. Il demanda à tout le monde de les laisser seuls quelques minutes.

« Vous avez été super, les gars. On va vraiment y arriver. »
« P’pa, quand t’as parlé de nous, des flingues et de la NRA, là c’était du délire dans la foule. »
« Ils adorent leurs flingues. Chaque fois ils sont tellement contents. Qu’on leur laisse leurs flingues, c’est comme si Dieu leur donnait des sucettes… Bon, j’espère qu’ils vont pas les lécher, quand même. »
« Qu’est-ce qui nous arriverait, sans le Deuxième Amendement ? »
« Je sais pas… Mais tu sais ce qui me surprend vraiment ? Personne – je dis bien personne – n’a levé un sourcil au Premier Amendement. Je veux dire, je suis en train de dire que je vais foutre dehors les Musulmans ! Quand on pense que tout ce fichu pays a été fondé sur la liberté religieuse, et moi là, qui arrive, disant que je laisserai pas rentrer les gens dans le pays à cause de leur religion… Et personne pour relever la contradiction… Et tu sais pourquoi ? … Parce qu’ils m’aiment… ils nous aiment… »
« J’avais pas pensé à ça, P’pa. »
« Eh bien ça serait le moment que tu commences à penser, mon gars. »
« J’apprends du maître. »
« Hé, sérieusement… on s’amuse, non ?… Je suis vraiment crevé, mais on s’amuse encore. Je t’assure, ces discours, ça me vide… N’empêche que j’adore ça. J’adore m’entendre parler, et j’adore regarder les moutons hurler. »
« Les moutons, P’pa, ça hurle pas. »
« Si, quand je les encule, fiston. »

Chapitre 2

Le Nevada était tombé bien plus facilement que personne ne l’avait imaginé. Du gâteau. Cruz et Rubio avaient oublié de mettre des balles dans leurs flingues… Des Zorros sans épées, ces deux-là.

Tandis que la limousine les emmenait à l’aéroport, Donald Jr. ouvrit la boîte de pizza et Éric sortit de son sac Gucci une super bouteille de la Trump Winery.
« Sacrément bon. Vraiment du bon boulot, mon gars, que t’as fait dans ce

vignoble. C’est quoi ? »
« Du Meritage… un assemblage de Bordeaux. »
« N’importe, c’est du bon. Combien ça vaut, la bouteille ? » « Vingt dollars. »
« Pas assez ! » rigola Trump.

Le futur président auto-intronisé des États-Unis d’Amérique ne voulut parler à personne dans l’avion. Il s’éteignait comme une chandelle dès que son lit était en vue. Quand ils atterrirent finalement à Greenville, Junior dut le réveiller.

« Où c’est qu’on est, bordel ? »
« Caroline du Sud, P’Pa. »
« Oh yeah … J’adore les gens de Caroline du Sud. Tous, tous, tous… J’adore même ceux qui m’adorent pas. »
« Attends, P’pa, on n’est pas encore devant les caméras. »
« T’as raison… Laisse-moi prendre une douche en vitesse. Faut que je me lave les cheveux. Va dire à tout le monde qu’on se retrouve à l’hôtel dans une heure. »
« À vos ordres, chef. »
« Putain c’était bon, ce vin, hier soir, fiston. La seule chose qui manquait, c’était une bouffée du chat de ta mère… »

Ils avaient tout le dernier étage du Western Poinsett. Quand le Roi pénétra dans sa chambre, la cour l’attendait, réduite à ses familiers… Corey, Michael, Hope, Katrina, les garçons…

« J’espère que vous avez tous dormi comme des chatons le cul sur une bouillotte. »

Katrina éclata de rire. Elle ne se lassait jamais de son patron, et lui non plus. Enfin presque. « Bon boulot, au Nevada. Félicitations, tout le monde. Victoire sur chaque front… le vote des grands vieillards, les lolitas, les Latinos, les gros cochons et les chattes, les porc-épics, et les moustiques… Bon, qu’est-ce ça donne, ces résultats ? »

Michael parla en premier. Quand il ouvrait la bouche, le Roi l’écoutait… d’habitude. « Ah ça nous requinque : bien mieux qu’il y a deux semaines. »
« Ils ont finalement l’électricité, là-bas en Caroline du Sud ? Pas de lampes à tous les étages ?»

les étages ?»

« Ça vient, ça vient. On arrive en tête. 35% peut-être, et ça pourrait chercher dans les 40… »
« C’est comme le surf. On chevauche la vague… »
« T’as fait du surf, P’pa ? » demanda Éric. Katrina lui fit un clin d’œil.

« J’aurais été un surfer du tonnerre de dieu. Mais les vagues de Queens étaient pas assez grosses pour moi. Et personne ne faisait du surf à l’Académie Militaire. Ah, si j’étais né en Californie, j’aurais surfé tout du long jusqu’à Hawaï. » Il enleva sa veste et s’assit sur le lit juste à côté de Hope. Personne d’autre ne bougea. Surtout pas Hope… « Bon, ça va, écoutez-moi. Venons-en à la machinerie. Bush est out… À vrai dire je regrette qu’il s’en aille. Il m’a plutôt rendu service. Quand les gens le regardaient, puis me regardaient moi, c’était comme de regarder un cheeseburger froid puis de voir quelqu’un leur balancer un T-bone steak en pleine gueule… Mais c’est fini pour lui… Content de t’avoir rencontré, Jeb… Maintenant tu peux rentrer chez Maman. Et Carson ? Il s’est déjà désisté ?

Il n’aurait jamais dû arrêter d’émincer les têtes décalottées des gamins… Un foutrement bon chirurgien du cerveau… foutrement nul en politique… les gens devraient savoir où est leur vraie place dans la vie… »
Il sourit à Katrina. Puis il répondit à sa propre question, au sujet de Carson… « Sûrement qu’il va s’en aller la semaine prochaine… et Special K aussi… De quelle origine il peut foutrement bien être, avec un nom comme Kasich ? Du Kadistan, ça se peut bien, bordel où que ce soit… Persuadé, de toute façon, que ce sera sa dernière apparition. Il va rentrer à l’Ohio et s’envoyer un Wendy’s Whooper… »

« Et alors on ne sera plus que trois… » dit Corey, aussi frais qu’un concombre.
« T’as pigé, baby… Moi, Gueule de Patate, et Joli Cœur… Et comme Gueule de Patate n’est même pas Américain… Mais, bordel, qui a laissé un Canadien être candidat ?… Qu’importe, le voilà sur une seule patte et sans béquille. Pourrait même pas décrocher le vote évangélique au Nevada… Allez, on lui donne encore trois semaines avant qu’il se reluque dans le miroir et éteigne la lumière… On dirait que je vais me retrouver à croiser le fer avec Joli Cœur jusqu’à la fin… » Le Roi s’envoya une goulée d’Evian de la bouteille sur la table de nuit. « Me faut du café. »
« J’y vais », dit Junior en se levant.
« Résumons : qu’est-ce qui est important pour ces gens de Caroline du Sud, à part un match de foot gagnant et le Mémorial de Custer ?
« P’pa, ça c’était au Dakota du Sud. »
« J’m’en fous… Nord, sud, est, ouest, quelle différence ?… Puisqu’on raflera tout. »
Corey prit la parole. « Je veux m’assurer qu’on mette bien la pédale douce par ici, et qu’on surveille notre langage… Ici les gens vont à l’église plus souvent que les anges là-bas au Nevada. »
« Les anges ou les animaux ? Croyez-moi, ces gens-là dans le désert ont deux préoccupations en tête… et l’une des deux n’est pas Dieu… À vrai dire, ils me ressemblent vachement. » Tout le monde éclata de rire, sauf Junior qui s’échinait sur la machine à café.
« Moi je dirais simplement, continuons à enfoncer le clou. Qu’on leur en balance encore sur l’immigration et les flingues », opina Michael. « Ces Sudistes vont adorer qu’on leur serine ‘Make America Great Again’… N’oubliez pas qu’ils ont perdu la Guerre Civile… »
« C’est justement pourquoi je les aime… N’importe quel perdant veut s’accrocher à un vainqueur… T’as déjà vu un loser insister pour continuer à être un loser ?

à un vainqueur… T’as déjà vu un loser insister pour continuer à être un loser ?

Putain, non. Veulent enfourcher le dos d’un vainqueur, chevaucher le cochon ! Et moi je suis là pour ça ! Gagner et qu’ils me chevauchent… Je les aime et ils m’aiment… »
Michael et Corey échangèrent un regard. Peu importe ce qu’ils disaient, ils le savaient… Le Roi allait dire ce que le Roi allait dire. Jusque-là, la stratégie avait bien fonctionné. Tous deux savaient que c’était précisément ce que les gens aimaient. Il était son propre chef… la marionnette de personne… le minet de personne…

« Alors où c’est qu’on va d’abord, aujourd’hui ? »
« Un truc à la mairie d’abord. »
« Je suis prêt… les caméras de télé aussi… À nous deux, la Caroline du Nord ! » Hope et Éric se lancèrent un sourire. Ils savaient qu’il essayait juste de vérifier que chacun l’écoutait bien. Dieu exige que vous soyez connectés en tout temps, voilà. Et Dieu il était pas con… S’il y avait bien une chose que Donald J. Trump n’était

pas… c’était con. Il sentait les battements de cœur de la nation. Il savait ce qui menait le monde… Il savait très bien comment contrôler les manettes… Et qu’il avait besoin d’une bonne heure, seul avec Katrina, avant de tirer le rideau sur la journée…

Junior apporta la tasse de café.

Pendant quelques minutes, ils se demandent comment le Roi devrait répondre à ceux qui assurent que foutre dehors les Musulmans hors du pays va à l’encontre du Premier Amendement. « Bordel », dit le Roi. « Dieu a constamment zappé toutes sortes de peuples dans la Bible. Il faut tracer des lignes, faire régner l’ordre dans la jungle… il y a des limites à tout. Tant que les terroristes sont des Musulmans, tout va bien pour nous. On se souciera de la constitutionnalité de ci ou de ça quand viendra l’heure. Dans l’immédiat, tout ce qu’on veut, c’est les clefs de la Maison Blanche. »

La limo attendait dehors.

Chapitre 3

On se bousculait devant le Peace Center. Depuis que les choses étaient montées en vrille, le Roi avait réclamé la protection des Services Secrets pour renforcer sa garde rapprochée. Mais plus le temps passait, moins les foules se laissaient disperser.

L’extraordinaire, à propos de Trump, était que personne n’avait besoin de lui écrire de discours. Même pas besoin de se préparer lui-même. Sa vie entière avait été sa préparation. Cela faisait cinquante ans qu’il parlait du monde à des gens, depuis ses débuts à Wharton. Il avait été un leader toute sa vie. La dernière chose qu’il demandait aux autres était de lui recommander quoi dire et comment le dire. Pas de doute, les affaires étrangères restaient son point faible. Il le savait. Mais là tout de suite, son affaire était de restaurer sa force à l’Amérique. Lui redonner son lustre. Et qui d’autre que lui connaissait mieux l’Amérique ? Personne, qu’il sache. Aucune question ne lui faisait peur, aucun journaliste non plus. Il n’attendait le soutien de personne et, point essentiel… il n’était la marionnette de personne. Il ne répondait à personne. Il n’avait besoin de l’argent de personne. Et ça, par-dessus tout, était ce que les gens aimaient chez lui. Donald J. Trump N’ÉTAIT PAS un homme politique. Donald J. Trump n’appartenait pas au sérail de Washington. Donald J. Trump ne se souciait pas des lobbies. L’honnêteté politique ? Quelle honnêteté politique ? Pour Donald J. Trump, ça ne voulait rien dire car Donald J. Trump se situait au-dessus et au-delà de la racaille de ces enfoirés de politiciens !

Pourtant, chose bizarre… Donald Trump s’avérait le MEILLEUR homme politique du lot… Or qui dit politique dit pouvoir. Est-ce important de savoir d’où et comment tu le détiens, ce pouvoir ? Est-ce important de se servir d’autres moyens et d’autres outils pour y arriver ? Est-ce important de prendre un chemin différent pour parvenir au sommet de la montagne ? Tu dois encore te battre pour arriver au sommet… Tu gravis toujours la même montagne… Tu dois encore convaincre les moutons de te suivre…

C’est une femme d’âge moyen qui posa la première question : « Mr. Trump, si vous êtes élu président, comment savoir si vous allez vraiment faire les choses que vous promettez ? »

« Oh ma chérie, quelle délicieuse manière de commencer la journée… Question parfaite… Absolument parfaite… Et si vous voulez avoir la réponse à cette question, je vous suggère tout simplement d’interroger mes EX-ÉPOUSES pour savoir si je fais vraiment les choses que je promets : je vous garantis qu’elles diront OUI ! Et elles ajouteromt probablement que c’est aussi la raison pour laquelle elles m’ont demandé le divorce ! » (Éruption de rire dans la foule… Seulement une question, se dit Trump, et ils sont déjà dans ma poche)… « Mais sérieusement, mon cœur, je pense que si vous considérez mon parcours depuis l’âge de dix-huit ans jusqu’à aujourd’hui, vous constaterez que s’il y a bien une chose que je fais, c’est de FAIRE CE QUE J’AI PROMIS. Si je dois construire moi- même ce mur entre le Mexique et nous, je le ferai. J’achèterai toutes les terres le

même ce mur entre le Mexique et nous, je le ferai. J’achèterai toutes les terres le

long de la frontière et j’expédierai mes ouvriers là-bas pour RENDRE SA FORCE À L’AMERIQUE ! » (De plus en plus frénétique, la foule) « Mais bien sûr, je ne serai pas obligé de faire ça puisque ce sont les Mexicains qui vont payer ! À leur tour de régler la facture ! »

« Mr. Trump, le fait de ne pas laisser entrer les Musulmans en Amérique… n’est-il pas une violation du Premier Amendement ? »

« Autre grande question… ah, bien plus de gens devraient poser des questions intelligentes comme celles-ci. Après deux questions, je sens déjà que j’adore la Caroline du Sud… Premièrement, il me semble que lorsque Dieu a inspiré la Constitution, il pensait aux gens qui se trouvaient déjà en Amérique ! Il n’y a rien dans le Premier Amendement qui dise que nous devons admettre toutes les religions DANS le pays. Voyons, pensez une seconde – quelque chose que des tas de gens ne font pas, d’ailleurs – … Si une religion est une religion terroriste et déclare qu’elle veut détruire d’autres religions, devons-nous alors autoriser cette religion à entrer dans le pays ? Bien sûr que non. Attention, je ne dis pas que tous les Musulmans sont des terroristes… Et personne en son âme et conscience ne devrait croire ça… J’aime les Musulmans… J’ai des douzaines d’amis musulmans… Je joue au golf avec des Musulmans… Je fais des affaires avec des Musulmans… Mais le problème est qu’ajourd’hui, ces horribles terroristes utilisent la religion de l’Islam comme prétexte pour faire sauter des buildings et couper des têtes… Cela doit s’arrêter… Nous devons détruire ISIS et je suis l’unique candidat qui sache comment faire. Et tout ce que je dis tient en quelques mots : tant que nous n’aurons pas fait le ménage, qu’ils attendent dehors, ces Musulmans, car nous devons nous protéger… Voici la question que personne ne se pose : « Qu’est-ce que ce putain de mot de RELIGION veut dire, exactement ?…»

N’importe quel mec voulant faire exploser des têtes et des buildings peut se réclamer de le faire au nom de la religion. Mais s’agit-il vraiment de religion ? Bordel de Dieu, non !… De terrorisme, qu’il s’agit ! Piloter des avions remplis d’innocents à bord pour percuter deux des plus beaux gratte-ciels du monde n’a RIEN À VOIR AVEC LA RELIGION !… Décapiter des journalistes en plein désert du Moyen-Orient et prétendre que Dieu habite ta culotte n’est PAS de la religion ! (Foule en délire) Et dès que Donald Trump sera président des États-Unis d’Amérique, nous ne nous contenterons pas de maintenir les terroristes EN DEHORS de notre pays, mais nous allons débusquer ceux qui sont déjà DEDANS, pour leur montrer ce que sont véritablement la justice et la religion ! »

Et voilà, le Roi pouvait continuer ainsi sur n’importe quel sujet. Pas besoin de notes. Pas de prompteur. Pas de conseiller ni de chercheur pour lui souffler quoi répondre. Et il s’amusait tellement, ce malin, convaincu qu’il devait rendre heureux autant de monde que possible, sans hésiter à laisser parler d’autres gens, de temps en temps, histoire de varier le rythme pour que ça arrive. Un peu comme un orgasme multiple, au fond… mélanger les ingrédients pour en faire un régal…

« Mr. Trump », intervint un vieux monsieur au troisième rang, une fois la foule calmée. « Je suis un indépendant. Je n’ai jamais voté selon les consignes d’aucun parti. Pouvez-vous me donner trois raisons de voter pour vous ? »

« Oh, Caroline du Sud, comme je t’aime !… Nous n’en sommes qu’à trois questions, et ces trois-là sont parmi les MEILLEURES qu’on m’ait posées depuis le début de cette campagne, il y a environ soixante-neuf ans ! (Éruption du volcan)

Depuis que ma grand-mère me faisait sauter sur ses genoux en me disant que j’allais devenir président des États-Unis d’Amérique… (Trump ! Trump ! Trump !) … Vrai de vrai… ça s’est passé comme ça… Bien sûr je ne la croyais pas, dans ce temps-là, mais je n’ai jamais oublié ce qu’elle avait dit. Et finalement, une fois bâti mon empire à coups de milliards et témoin de la chute pathétique de l’Amérique, je me suis dit, « T’as raison, Grand’Ma ! C’est le moment ! Le moment de redonner sa grandeur à l’Amérique – MAKE AMERICA GREAT – et la seule personne qui puisse y arriver, c’est MOI… Pour revenir à votre question… « Pourquoi moi ? » – La première raison est qu’il n’y a personne d’autre que MOI. Aucun autre candidat qui ait les tripes et les couilles (nouvelle éruption du volcan) pour tenir tête à ces hommes politiques, pour résister au terrorisme, pour contrer la Chine et la Russie et l’Iran, pour arrêter de prendre ces décisions idiotes d’envahir des pays comme l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye puisque nous n’avons pas à les envahir, alors que nous devrions dépenser nos précieux dollars, si durement gagnés, à consolider nos frontières et à rendre sa puissance à l’Amérique ! (Volcan)… La deuxième raison de voter pour moi ? Parce qu’ici en Amérique, je ne veux le meilleur que pour VOUS, et non PAS pour WASHINGTON ! Je veux donner du boulot aux Américains, et non aux Chinois ! (Volcan) Je veux ramener nos soldats au bercail plutôt que des cercueils pleins ! Je veux édifier notre pays, oui, faire retrouver à notre peuple le pays le plus heureux et le plus prospère qui ait jamais existé sur cette magnifique planète ! (Volcan) Troisièmement, votez pour Donald J. Trump car Donald J. Trump est bien le SEUL candidat que Poutine, Merkel, le gars chinois… c’est quoi son nom déjà ? … et puis on s’en fout… qu’importe… je l’apprendrai quand il faudra… et ce type de Corée du Nord à la tronche de gros hamster lunaire, et tous les leaders du monde VONT ECOUTER

ET RESPECTER ! Ils savent très bien que lorsque je dis quelque chose, c’est de business que je parle, et le business rejaillira sur l’Amérique, et personne ne va plus essayer de chercher noise à l’Amérique, puisque l’Amérique retrouvera sa force ! (VOLCAN… Trump fixe le monsieur qui a posé la question)… Ai-je répondu à votre question ? TROIS raisons, c’était bien ça ? Trois ! Alors qu’il y a des MILLIONS de raisons de voter pour moi… À vrai dire, environ TROIS CENT MILLIONS de raisons de voter pour MOI… ! (Gros éclats de rire… Sourire de Trump)

Le corps entier de Katrina Pierson prend feu, excepté là où c’est humide. Cet homme-là ne ressemble à aucun autre. Il est exactement tel qu’il doit être. Il s’appartient. Au-delà des médias. Hors du temps. Mais surtout, il n’est l’esclave de personne… Sauf le mien. Il ne peut pas vivre sans moi… Moi, Katrina Pearson, suis la première femme dont ne peut se passer Donald J. Trump. C’est sa bouche qui me l’a dit. C’est son corps qui me l’a dit. Je suis sa partie manquante. Son égale. Moi seule à avoir le même titre que lui. Je suis la Reine…

Pendant une heure et quarante minutes, dans une salle où l’on ne pouvait se tenir que debout, Donald J. Trump avait hypnotisé une assistance de quinze cents âmes. Alors qu’il quittait la scène en saluant la foule en délire, le pouce en l’air, il pensait « Qui peut bien avoir besoin de religion quand on a Dieu en face de soi ? » Ses yeux croisèrent le regard de Katrina. En passant devant elle, il chuchota dans sa yeux croisèrent le regard de Katrina. En passant devant elle, il chuchota dans sa

ravissante oreille gauche « Ma chambre, dans une heure. »