À l’heure des célébrations du 500e anniversaire de la Réforme se posent les questions du rôle de Genève dans ce processus fondateur et de son héritage pour nos sociétés pluri-religieuses

L’Histoire retient que le 31 octobre 1517, Martin Luther lançait la Réforme en affichant ses thèses sur les portes de l’église de Wittenberg. «C’est en fait peu probable», nuance Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à la Faculté de théologie «mais c’est cette date symbolique, purement conjoncturelle, dont on célèbre aujourd’hui les 500 ans». À cette date, le «Genevois» Jean Calvin a 8 ans et vit encore en Picardie. Comment Genève, petite ville n’atteignant pas les 15 000 habitants, se retrouve-t-elle quelques années plus tard au cœur d’un processus qui bouleversera l’Europe? Une révolution politique y est en marche, tout d’abord. Genève est sous la coupe du prince-évêque savoyard «qui bat la monnaie et a donc toute la main sur le pouvoir, confie Michel Grandjean. Lorsque les Genevois entendent parler de ce réformateur allemand qui veut revenir à l’Evangile et éliminer tous les intermédiaires, prêtres, pape et saints qui s’interposent entre Dieu et l’humain, ils se montrent intéressés. Ils voient en effet dans la Réforme le moyen de s’affranchir de la tutelle de la Savoie.»

Le modèle genevois

Un homme, ensuite. Une figure majeure de la Réforme qui va positionner Genève sur la carte du monde et devenir un de ses principaux ambassadeurs. Jean Calvin arrive à Genève, déjà convertie à la Réforme, de façon purement fortuite. Les Genevois vont l’exhorter à s’y établir en 1541. «Immense figure intellectuelle du XVIe siècle, Calvin publie énormément et va profiter de ce contexte politique particulier pour faire de Genève son laboratoire. Il y construit son modèle idéal et définit l’organisation d’une Eglise aussi libre que possible de l’Etat», poursuit Michel Grandjean. Des institutions clés telles que le Consistoire et la Compagnie des pasteurs limitent les prérogatives de l’autorité civile et permettent une libre critique du prince, liberté que Luther n’a pas en Allemagne. «Viable sans le patronage du pouvoir temporel, le modèle genevois de la Reforme en devient plus facilement exportable et sera adopté par les réformés de France dans un contexte de persécution, d’Angleterre, mais aussi, de l’autre côté de l’Atlantique, par les colons puritains.» Il reste aujourd’hui dans le Nebraska, le Wisconsin ou l’Ohio, des villes de «Geneva» qui témoignent de ce que les protestants du Nouveau Monde regardaient vers Genève plutôt que vers Wittenberg.

Une démarche prospective

Pour célébrer ce demi-millénaire, le parcours européen d’un «camion de la Réforme» a commencé à Genève le 3 novembre. Il va se poursuivre dans 68 villes emblématiques jusqu’à Wittenberg, en mai 2017, où les célébrations de cet anniversaire se poursuivront. Cette commémoration est l’occasion de s’interroger sur l’héritage de la Réforme à une époque où la réflexion sur la laïcité doit intégrer la question de la reconnaissance de la pluralité religieuse de nos sociétés. Michel Grandjean y voit ainsi une dimension prospective: «La Réforme a permis l’établissement de la pluralité religieuse. De cette pluralité sont nés l’exigence de la tolérance et l’idéal du respect de la conscience d’autrui, sans lesquels il est impossible de gérer la coexistence des religions et de parler de laïcité.»