5 premiers ingrédients pour faire montre d’une bonne propagande Assadienne en société, sans (trop) paraître complotiste, sans (trop) paraître raciste, sans (trop) paraître con. (À suivre)

1) commencez toujours par dire que vous n’aimez pas le manichéisme, qu’il n’y a jamais de bons et de méchants, que tout cela est complexe. Ça ne mange pas de pain, et ça prépare toujours bien le terrain. Vous passerez ainsi pour un sage, un modéré, pour quelqu’un qui ne se laisse pas emporter par les passions. C’est important.

2) continuez sur le même ton, en disant que « bien sûr vous ne soutenez pas Assad ». Autre variable: « bien sûr Assad n’est pas parfait » (car personne n’est parfait, voyons). Ou bien encore « on ne peut pas nier qu’il a commis des crimes, bien sûr » (toujours ce côté « modéré », c’est vraiment important pour avoir l’air sérieux et « apaisé »).

3) introduisez sans y aller trop fort une notion de « doute ». Parce que le « doute », c’est vraiment important quand on veut montrer qu’on est intègre, quand on veut faire preuve de bonne foi, en épousant cette posture « critique » si chère à nos contemporains. Le mieux, c’est de commencer par « oui mais par ailleurs avez-vous lu…? » Ça c’est vraiment la formule idéale, ça fait érudit, ça fait genre « j’ai fait des recherches », « je suis qqn qui cherche à m’informer » (toujours pour ne pas tomber dans ce terrible travers du manichéisme qui fait vraiment perdre toute crédibilité). Et là, vous avez blindé de choix (oui ça mange pas de pain non plus de parler comme si on avait 15 ans) : « oui mais par ailleurs avez-vous lu tel rapport improbable dont personne n’a jamais entendu parler, impossible à sourcer, et que donc personne n’ira jamais vérifier?  » ; « oui mais par ailleurs avez-vous lu Robert Fisk, feu grand journaliste (non il n’est pas mort, mais question journaliste, ça devient un qualificatif très très compliqué à lui attribuer)? » ; Et puis l’inévitable « oui mais par ailleurs avez-vous lu l’icône-qui-pense-pour-penser-à-notre-place Noam Chomsky (et sa très longue et très fiable expertise bien connue sur la Syrie)? ». Évitez tout de même les « oui mais par ailleurs avez-vous lu Soral ou Meyssan? ». Ça passe pas très bien en société, même si vous les lisez ardemment quand même (évidemment).

4) passez beaucoup de temps à parler des « détails techniques » de la guerre (que vous ne maîtrisez évidemment pas, mais dont vous savez qu’ils peuvent être bien utiles à entretenir ce « doute » précité). « On parle de bombardements aux barils, mais comment des barils pourraient – ils être lancés par un hélicoptère type Ngh378, à une hauteur de 27 mètres d’altitude, alors que la superficie atteinte n’est que de 32 mètres carré? ». Ceci est un exemple, on peut aussi imaginer: « on parle de gaz sarin, mais sachant que le sarin ne comporte que 28 grammes d’oxyde de carbone à une puissance de 36 km/heure, comment pourrait – il provoquer des morts par suffocation? ». Bref des questions qui ne veulent rien dire et dont vous pouvez être sûrs qu’elles laisseront votre interlocuteur bouche bée.

5) parlez de la paix, beaucoup. Parlez de Gandhi, du pape, de la réconciliation et de l’importance de l’harmonie interreligieuse, tout en plaçant que ça, quand même, on peut pas l’enlever à Assad: avant la guerre, les gens s’aimaient d’amour, les colombes volaient tranquilles et les curés et les imams regardaient tous dans la même direction, celle… d’Assad (euh non, celle de Dieu et de l’amour inconditionnel bien sûr).

Ceci est déjà un bon début.

La suite bientôt.