L’émotion consécutive aux attentats de Bruxelles est évidemment encore dans tous les esprits. Si l’on peut s’interroger sur un traitement médiatique différencié entre les attaques commises en Europe occidentale (Bruxelles ou Paris) et d’autres événements tout aussi dramatiques, comme ceux qui s’étaient déroulés en Côte d’Ivoire il y a quelques semaines, il ne faut pas se laisser leurrer par le discours médiatique dominant, cette nouvelle réalité géopolitique ne doit pas dessiner deux camps. Il n’y a pas de morts moins importants sous les bombes du terrorisme, il n’y a pas et ne doit pas y avoir de hiérarchie lorsque c’est l’humanité qui est la cible.

Après les attentats parisiens, la question de savoir si la différence avec les épisodes terroristes précédents était de nature ou d’intensité s’était posée pour moi. En effet, une nouvelle fois, les terroristes s’en étaient pris à une arène sportive. Comme un symbole après 1972 ou 1996. Comme les symboles d’un affrontement asymétrique où les cibles sont les lieux d’expression de notre modernité globalisée, stades, salles de concerts, aéroports, etc.

Mais il faut prendre garde à ce type de raisonnement dont la simplicité pourrait permettre les interprétations les plus simplistes. Il ne s’agit pas de distinguer « eux » et « nous », « orient » et « occident », les « bons » et les « brutes », les « gentils » et les « méchants ».

De fait l’actualité allant toujours plus vite que ce que nous souhaiterions, celle-ci souligne combine ces interprétations sont faussées. En effet, ce vendredi (trois jours après les attentats perpétrés en Belgique), c’est à nouveau un stade, à quelques kilomètres au sud de Bagdad qui a été ciblé par Daech et l’un de ses kamikazes. Plus de 30 personnes sont décédés des suites de l’explosion, dont au moins 17 jeunes garçons de moins de 16 ans venus là pour – cela ne fait aucun doute – simplement profiter de leur passion pour le ballon rond. Bien évidemment, l’enjeu d’une rencontre de niveau régional n’a pas du tout participé du choix de la cible, et c’est avant tout le rassemblement d’une foule (pendant la remise du trophée de fin de compétition) qui a attiré un geste absurde commis par un lâche. Car le sport, c’est bien souvent la foule, c’est le partage d’un moment de joie pour les joueurs et les supporters de l’équipe victorieuse. Ces dimensions sont même peut-être plus fortes encore en Irak, où les attentats sont quotidiens et où le sport joue plus qu’ailleurs un rôle clé dans le divertissement d’une jeunesse qui n’a connu que la guerre depuis 2003.

Depuis vendredi, horreur et choc sont bien évidemment sur les lèvres de tous les dirigeants du football, mais il ne faut s’y méprendre, ce sont avant tout d’union et de détermination dont nous avons besoin. Union et détermination pour continuer à vivre nos passions pleinement, pour continuer à vivre tout simplement.