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… où il suffit d’échanger Lubéron, piscine et pétanque contre un bureau, même pas en bois d’olivier, pour que notre perception du monde glisse inexorablement vers des considérations de plus en plus terre-à-terre, considérations favorisées par la propension à quelques fauteurs de troubles d’émettre des avis parfois juridiques, mais majoritairement divergents.


Le 21…

… où l’on tente d’exposer avec toute la diplomatie que l’on peut développer sur une aire d’autoroute que non, malheureusement, il ne sera pas possible de donner suite à la charmante (mais péremptoire) injonction signifiée par un Président, lui-même sur le chemin du retour, il y a 3 jours et venant à échéance ce jour.

Merci donc de prendre note Monsieur le Président, via cette bafouille dictée entre deux Area, que l’un des clients a préféré partir en croisière et que lui et les documents réclamés feront par conséquent faux bond à la séance de conciliation de jeudi.

Finalement, on devrait interdire les vacances aux clients. C’est mauvais pour la santé de leurs avocats…

Le 22…

… où l’on pousse, non sans une certaine angoisse, l’huis pour retrouver un bureau sous des monceaux de paperasse, attendant qu’une bonne âme dont l’esprit est encore en mode sieste-sous-les oliviers veuille bien y répondre.

Doit-on regretter d’être parti ou d’être revenu ? Question récurrente, dont la réponse attendra, comme d’habitude, l’année prochaine.

Le 23…

… où il est temps de passer aux choses sérieuses, comme on dit, l’agenda ne nous laissant guère d’autre choix.

Au milieu de cette remobilisation de neurones en mode Blitzkrieg, le fait du jour restera ce moment inattendu, où l’on se fait héler dans la rue pour se voir confier un sac à provision contenant les effets personnels qu’un client en – léger – désaccord avec son employeur a laissé sur sa place de travail.

J’attends donc, Messieurs de la partie adverse, sans faute la semaine prochaine, par le même canal, une valise contenant les indemnités réclamées pour les vacances et les heures sup’. Faut savoir s’adapter ! Dans ce métier, flexibilité fait – aussi – loi…

Le 24…

… où la fameuse séance de conciliation évoquée ce lundi s’ouvre, amputée de l’un des principaux participants.

Résolument optimiste, votre serviteur avait quitté la FaireCave en lançant à la cantonade qu’il serait de retour sous peu, l’audience ne pouvant durer longtemps.

Grave erreur. Il fallait compter sur un Président résolument décidé à trouver – et on s’en félicite – des solutions pratiques dans une affaire complexe, où se mêlent successions, sociétés et droit commercial. 3h30 de discussions. Le litige n’est pas résolu, loin s’en faut. Mais, au moins maintenant, les parties ont quelque chose à se mettre sous la dent. En attendant le retour du voyageur au long cours qui préfère aller voguer sous les tropiques en solitaire plutôt que de répondre présent aux convocations du Juge…

Le 25…

… où l’on reçoit une demande de renvoi de l’audience de lundi prochain, dans une affaire de recherche de paternité.

L’avocat de la mère écrit au Juge que, malheureusement, cette brave mère éplorée doit se rendre d’urgence en Roumanie pour subir une intervention dentaire !

Pardon ? D’urgence, et il faut aller jusque dans les Carpates ? Y aurait-il pénurie de dentistes helvètes sans que l’on en ait été averti ?

On comprend bien la motivation économique de cette carie imprévue. on a plutôt une petite pensée compatissante pour le Confrère adverse, qui a dû certainement relancer sa cliente en lui disant : Il faut qu’on se voit pour préparer votre comparution. Qui se voit répondre : Oups, désolé, mais j’avais oublié. Par contre, je ne serai pas là. Je vais voir mon dentiste, Vlad Tepes qui a remplacé son pal par la fraise… Et qui n’a donc d’autre choix que de demander du bout des lèvres un renvoi (la partie demanderesse est obligée de comparaître personnellement en matière de paternité, la seule présence de son avocat ne suffit pas). Tout en sachant que personne ne sera dupe…

Le 28…

… où en lisant une expertise médicale « commandée » par la partie adverse, tendant à démontrer que la victime d’un accident décrit comme étant sans gravité particulière était aujourd’hui bien en peine de cueillir le moindre radis dans son jardin, on fait un parallèle avec une analyse pertinente du fonctionnement psychique des personnes intervenants comme « experts » parue sur l’excellent site booksletter.fr

« Les experts sont comme nous : ils aiment faire les malins, sont amoureux de leurs intuitions et détestent avoir tort. Comme nous, ils donnent plus d’importance aux faits qui valident leur idée première qu’à ceux qui viennent l’infirmer ; comme nous, ils détournent les lois de la probabilité. Mais au jeu des prévisions, certains restent malgré tout meilleurs que d’autres. Dans Superforecasting, Tetlock décrit la poursuite de son expérience. Il découvre que le point commun de ceux qui devinent le mieux les tendances n’est ni l’intelligence, ni l’expertise, ni la formation, mais une certaine manière de penser. Plus une personne est sceptique, ouverte d’esprit et analytique plus ses prédictions seront nuancées et justes. »

CQFD…

Le 29…

… où on se demande bien pourquoi l’émission « Lawyers’ got talent » n’a pas encore vu le jour ?

En tous cas, aujourd’hui, avec 7 Confrères, nous avons peaufiné notre numéro.

Tribunal de 1ère instance du Nord Vaudois, 13h58. Dans 2 minutes, 4 séances commencent en même temps. Le couloir des Pas Perdus est bondée. Dans une minuscule pièce de 4 m2, dont la température frise les 30°, 8 avocats en retard se font des politesses, entassent leurs effets personnels là où ils peuvent, un dossier sous le bras, et tentent d’enfiler en même temps leurs robes sans éborgner l’entourage…

Visuellement, c’est assez acrobatique vous pouvez me croire ! Et avec le sourire, s’il-vous-plaît.

Quelques minutes plus tard, les Pas Perdus sont déserts, à part les acteurs de notre dossier. La Présidente tout sourire annonce que nous pouvons tomber la robe, vu la température dans la salle d’audience minuscule. Bien vu…

PS : tout s’est passé comme prévu, ou presque. Regagnant la FaireMobile dans le parking, un chat noir sort de sous la voiture. Suis-je superstitieux ? Comme on n’est jamais trop prudent, Al Green et sa Letter paraissent un talisman efficace contre les sorts jetés contre les avocats. Merci Spotify. Roulez carrosse…

Le 30…

… où on lit que, selon Brian Stewart, la première loi de l’espionnage est de ne pas céder aux préjugés et aux idées toutes faites du client…

Donc, à partir de ce postulat, on peut affirmer que les avocats sont en quelque sorte des espions, ce qui, si on y regarde à deux fois, n’est ni complètement idiot ni complètement faux !

C’est décidé : My name is Faire, MeFaire…

Le 31…

… où il paraît nécessaire d’éditer une version du Code pénal pour les Nuls, preuve en est cette anecdote contée par mon inestimable et merveilleux voisin Me Pidji.

C’est un prévenu qui comparaît devant le Procureur.

– Monsieur, vous êtes accusé de brigandage.

– C’est quoi c’t’embrouille, Msieu Juge. J’ai jamais fait de saloperie moi ! J’lai juste carotté, tapé et piqué son fric, quoi…

Peut-être y a-t-il un poil de marge pour plaider l’erreur de droit ?