Plaidoyer à la prise en main de son destin envers et contre tous à travers le portrait courageux et digne de trois jeunes femmes arabes en Israël. La manifestation d’une volonté de vivre tout simplement, dans des sociétés oppressantes. «Je danserai si je veux» est encore à voir demain, samedi 12 août, aux cinémas du Grütli

Laila, Salma et Nour vivent en colocation à Tel Aviv. Toutes trois sont palestiniennes. Laila, la brune aux cheveux bouclés et en tailleur noir et blanc est avocate le jour et fêtarde la nuit, séductrice, souvent la clope au bec, ne laissant aucun homme insensible. Salma, la barmaid et DJ, est plus décontracte, tatouée et percée, en saroual, au ton franc et direct, aimant les femmes, avec lesquelles elle peut s’afficher ouvertement à Tel Aviv. Sa famille, à quelques encablures de là, est loin d’imaginer sa préférence. Nour, la nouvelle coloc et étudiante en informatique, est quant à elle voilée, pieuse, sobre dans son habillement et son attitude, aux antipodes du milieu junkie. Sans être amoureuse, elle a un fiancé, pratiquant rigoriste qui estime que la place de son épouse est à la maison. Le personnage de Nour semble refouler quelque chose au fond elle.

En venant habiter dans cette métropole, ces trois jeunes femmes acquièrent une forme de liberté et d’indépendance. Elles osent goûter à leurs désirs, se laissent aller aux expériences nocturnes que la Tel Aviv branchée offre et dont la jeunesse est en quête, loin du conservatisme familial et de leur village d’origine. 

Cependant, elles se retrouvent dans un entre-deux, comme le suggère le titre en anglais In Between celui d’être des arabes d’Israël (héritières de 48), de jongler d’un territoire à un autre, de droits reconnus à d’autres qui le sont moins voire inexistants. Le sentiment d’appartenance n’est pas totale. Le malaise est parfois palpable.

Ces héroïnes se ressemblent et en même temps se distancient. Proches par la volonté de s’épanouir, de jouer la dérision et le combat féministe pour se dresser contre la dictature patriarcale ensuite différentes par leur centre d’intérêt et mode de vie.

Sans se focaliser sur les tensions récurrentes et l’interminable conflit israélo-palestinien, la réalisatrice de 35 ans Maysaloun Hamoud, nous dresse, pour son premier film, le portrait convainquant et attachant de Nour, Leila et Salma incarnant une jeunesse multiculturelle à la fois forte et fébrile. Inspirée par son vécu et celui de ses proches, elle porte à l’écran un thème assez universel: en tentant de maîtriser son destin et ses choix, cette nouvelle génération se retrouve confronter à des obstacles inévitables, ancrés dans une société oppressante déchirée par la guerre et le repli identitaire. 

L’amour, la sensualité, le désir charnel y sont filmés avec pudeur et respect. La suggestion n’en est pas moins amoindrie. Les séquences sont ponctuées de musique entrainante: de la variété arabe, au rock et à l’électro.

«Je danserai si je veux» c’est affirmer: je fumerai, je boirai, j’embrasserai, je mettrai un décolleté, si je veux. Ce cri du coeur lancé par une jeunesse qui a besoin d’être écoutée. Avec cette impression de rappeler que la réputation et la crédibilité d’une personne ne se mesure pas à la longueur de sa robe ou à la fréquence de ses rapports.

Le film est une fabuleuse ode à l’émancipation dans les cultures arabes, s’intégrant dans le mouvement post-printemps arabe à l’image du film de la tunisienne Leyla Bouzid «à peine j’ouvre les yeux» sorti en 2015.