«Personne ne sait ce qui est à l’intérieur, sauf moi»… J’ai tué papa, le dernier roman de l’auteure bulloise Mélanie Richoz, qui sera ce weekend au Livre sur les quais, nous embarque pour un voyage atypique dans l’univers d’un enfant considéré comme «différent». Un exercice périlleux pour un résultat mitigé.

 

Dans le monde d’Antoine, tout est vert, «parce que les dinosaures, parce que la nature, parce que la chance». Sa maman est un stégosaure, son papa un tyrannosaure Rex et lui, un diplodocus.

Dans son monde, se faire des amis, dire bonjour ou même faire de simples blagues n’a rien de naturel. Au contraire, il est sans cesse nécessaire de se surpasser, de dompter ses peurs, d’apprivoiser ses émotions et, surtout, d’éviter les crises, parfois si violentes.

Trio de sentiments

Avec J’ai tué papa, l’auteure bulloise Mélanie Richoz signe son troisième roman et nous emmène à la découverte de l’univers d’Antoine, 12 ans, diagnostiqué autiste Asperger. Un univers chamboulé, un lundi matin, lorsque soudain retentit le bruit sourd d’un corps heurtant le carrelage de la cuisine.

A la suite de ce bouleversement, le lecteur découvre, au fil des pages, les réactions de chacun des membres de la famille du jeune garçon. Jacques, le papa, désormais cloué à un lit d’hôpital et dont la voix est prisonnière d’un corps-machine qu’il ne maîtrise plus. Clémence, la maman, qui assiste, impuissante, à l’effondrement d’un équilibre familial déjà fragile. Et finalement, Antoine, petit génie emprunt de doutes et d’angoisses qui, peu à peu, finit par comprendre que son héros de papa, d’ordinaire si fort, ne fait pas semblant.

Une histoire à trois voix, une prose simple et poétique, un thème tout en sensibilité, qui pose la question de la «normalité» et du regard des autres. «L’espace d’un instant, je me suis senti appartenir au monde», confie Antoine. Parce qu’en fin de compte, c’est aussi de cela qu’il s’agit, de trouver sa place dans une société qui ne jure que selon la norme.

La différence sous le prisme de l’autisme

Paru aux Editions Slatkine, ce petit roman d’à peine une centaine de pages, s’intéresse à ceux qui «pensent autrement». Tout commence d’ailleurs par une citation de Joseph Schovanec, écrivain, philosophe et lui-même atteint du syndrome d’Asperger: «Suppose que toute ta famille pense comme ton fils. Alors, le fou, ce serait toi».

"Je ne sais écrire que des livres courts. Cela procure une intensité. On est obligé de lire entre les lignes.", Mélanie Richoz
«Je ne sais écrire que des livres courts. Cela procure une intensité. On est obligé de lire entre les lignes», Mélanie Richoz

La Bulloise prend le parti d’un discours épuré, rythmé par l’alternance des perspectives narratives, à laquelle s’ajoutent des retours à la ligne impromptus ou encore des références proches du comique et sources de légèreté. A ce titre, on retiendra notamment les désormais célèbres «Non mais laissez-moi! Non mais laissez-moi! Manger ma banane!» de Philippe Katerine, une chanson qu’Antoine affectionne particulièrement et se plaît à chanter à tue-tête.

On imagine, sans trop s’avancer, que l’auteure, ergothérapeute de formation, s’est inspirée d’expériences vécues avec ceux qu’elle nomme affectueusement ses «petits patients». En effet, Mélanie Richoz parvient à poser un regard compréhensif sur le tabou que représente l’autisme, sans pour autant tomber dans la victimisation du personnage principal, socialement rejeté et victime de moqueries récurrentes de la part de ses camarades de classe. Les mots de la Fribourgeoise sonnent juste et on l’en félicite.

Oui, mais…

Rédigé avec humilité et sincérité, J’ai tué papa retient l’attention, bouleverse même, mais laisse le lecteur sur sa faim. La brièveté semble être la marque de fabrique de Mélanie Richoz. Ainsi confie-t-elle, au détour d’un entretien accordé au journal 24Heures, «ne savoir écrire que des livres courts. Cela procure une intensité. On est obligé de lire entre les lignes». Selon moi, c’est justement sur ce point que le bât blesse.

Car si le format court et original facilite l’entrée du lecteur dans cet univers particulier, ce dernier en ressort également sans grand-peine, une fois la quatrième de couverture refermée. On reprochera donc à J’ai tué papa un certain minimalisme et un style un tantinet enfantin qui maintiennent le lecteur à la surface d’un sujet complexe et hautement méconnu.

Finalement, oui, J’ai tué papa réussit le pari d’aborder avec délicatesse le thème difficile de l’autisme, tout en évitant l’écueil du misérabilisme. Néanmoins, on en attendait davantage, davantage de profondeur, qui puisse alors susciter une réelle émotion.