Quelques minutes avant de nous délivrer un live d’une grande intensité sur la scène principale de Fri-Son, le DJ français Vitalic est revenu sur son dernier album, Voyage. Vapotant sa cigarette électronique, l’air détendu tout en étant concentré, l’artiste est en pleine tournée européenne pour présenter son nouveau show.


Pour la sortie de ton quatrième album, Voyage, la thématique est résolument cosmique, voire planante. Quel message as-tu souhaité partager à ton public? En quoi est-il différent de tes trois précédents opus?

Les quatre albums sont très différents. Ils ont le même vocabulaire musical tout en ayant leur propre direction et des couleurs différentes. Voyage s’attache plus à la mélodie en gardant un thème resserré tout au long de l’album. Il est homogène et moins éclaté que mes trois précédents albums. J’ai voulu garder une énergie pour le dancefloor avec un type de son qui prête au voyage. Le thème de l’espace s’est imposé de lui-même, un aller-retour pour le «voyage ultime».

El viaje, le voyage en espagnol, est le titre qui lance cet album. Un clin d’œil à l’Espagne et à l’Amérique latine où tu es très populaire?

J’ai toujours pris l’habitude de faire une introduction dans mes albums. Chaque morceau a un code couleur suivant l’énergie des morceaux. Dès le début, j’avais cette mélodie en tête avec des sonorités d’Amérique du Sud. Je l’ai trouvé à la fois marrante et opportune. El viaje présente bien le reste de l’album.

Ton album est rempli d’anecdotes, notamment avec le titre Hans is Driving qui a une histoire bien particulière…

(Rires) La tournée représente une grosse partie de ma vie d’artiste. Parfois on voyage en avion et en train mais il arrive souvent qu’on ait un tour bus avec toute l’équipe dedans, environ une dizaine de personnes et mon chien. C’est une ambiance très particulière: une sorte de «trip ultime du musicien», une colonie de vacance pour adultes. Après avoir fait danser parfois jusqu’à 24’000 personnes et avec toute l’énergie qu’un show peut procurer, c’est important de partager ces moments avec son équipe une fois à l’intérieur du bus. Et puis faire de la musique est souvent quelque chose de narcissique, pour ce morceau je voulais tout simplement parler de mon chauffeur belge Hans et des secrets présents autour du tour bus lors d’une tournée.

On trouve également dans cet album des titres rappelant les années 70-80 avec Lightspeed qui nous rappelle Funky Town de Lipps Inc et une reprise de Don’t Leave Me Now du groupe Supertramp. D’où te vient cette influence?

Contrairement à la mélodie pop de Funky Town, Lightspeed est un morceau techno même si la rythmique est exactement la même. Lors de la création de ce titre, j’ai joué un peu au hasard et je me suis rendu compte que ça ressemblait à Funky Town avec un riff disco funky facilement reconnaissable. J’aurais adoré écrire Funky Town, c’est un morceau ultime. Mon enfance a été fortement influencé par ce type de disco.

Pour cette nouvelle tournée tu fais principalement du live plutôt que des DJ set. Quelles sont les différences majeures entre ces deux façons de faire un concert?

Durant un live je joue uniquement ma musique. Je peux m’amuser à faire des références ou des remix mais ça reste ma musique, pas celle des autres. Je vais suivre une trame avec une certaine liberté tout en respectant une colonne vertébrale qui a été suffisant travaillée pour ne pas avoir besoin de la changer. Quand on a trouvé la bonne recette de sauce tomate on ne s’amuse pas à la changer. En DJ set on est plus libre de jouer n’importe quel morceau quand on le veut.

L’été dernier tu as fait une tournée notamment en Amérique latine et en Australie. Quel est le meilleur souvenir de ta carrière jusqu’à présent? Le plus insolite?

Pas facile de répondre à cette question après 17 ans de carrière. Sans rentrer dans des choses trop précises, ce qui est beau ce sont surtout les premières fois. Première fois au Chili, première fois au Japon. Ce sont des choses que je ne revivrais pas, c’était fantastique. Avoir 25 ans et faire le tour du monde, c’est fou! Avec l’expérience je connais assez bien de nombreuses villes maintenant, je trouve l’inspiration ailleurs pour créer ma musique. Je trouve l’énergie dans les shows après la sortie d’un nouvel album par exemple. Faire de nouvelles propositions artistiques avec l’assemblage entre des technologies et ma musique, c’est ça que je trouve excitant.

As-tu un rituel fétiche avant chaque concert?

J’ai la chance d’avoir un ange gardien qui veille sur moi, je n’ai jamais eu de malédictions. J’aime bien avoir mon chien à mes côtés. Après je repasse systématiquement ma chemise avant chaque concert, c’est sans doute ça mon rituel fétiche.

Tu es également producteur avec le label Citizen Records, quelle image as-tu de la situation actuelle sur le marché de la musique?

Pour l’instant Citizen Records est à l’arrêt. Je me suis retrouvé avec une entreprise et des employés à un moment où les disques ne se s’achetaient plus. J’ai préféré me consacrer à mon projet perso. J’ai envie d’être présent sur le streaming, je joue les règles du jeu de mon époque. Quand j’ai commencé on vendait des palettes de CD, maintenant non donc je m’adapte.

Ton prochain concert est le 23 mars à l’Olympia de Paris. Généralement c’est quoi ton programme quand tu as 5 jours entre deux concerts?

Là il va y avoir la préparation du show, il va être un peu modifié car j’ai des invités qui vont venir chanter. Après je vais faire beaucoup de sport, courir essentiellement et regarder la télévision pour me détendre.

Quelques pépites musicales à nous faire découvrir avant de monter sur scène?

En ce moment j’écoute Agar Agar, Fishbach et The Blaze.