Les Allemands ne voulaient pas déporter les enfants juifs car ils voulaient maintenir intact le mythe de camps de travail (où les enfants ne travaillent pas) et non de camps d’extermination. Ils avaient imposé la limite d’âge de seize ans mais ce sont les policiers français, qui par leur zèle excessif et les ordres de leur hiérarchie qui ont déporté les enfants juifs. Tatiana de Rosnay, dans son roman «Elle s’appelait Sarah»  a eu le courage de dénoncer cette horreur et de soulever une des pages les plus noires de l’histoire de France (une autre étant la Terreur et le génocide vendéen).

Il faut rendre hommage à ces Français qui ont refusé la dictature nazie et opté pour la résistance, à l’instar du général de Gaulle le 18 juin 1940, et refusé la soumission. Il faut aussi rendre hommage aux différentes paroisses qui ont recueilli des enfants juifs et les ont sauvé d’une mort certaine. C’est le coeur des hommes qui a parlé en refusant l’horreur, c’est le coeur des hommes qui a refusé l’indifférence qui tue ou le racisme barbare.

La petite fille du Vel d’Hiv

En 1991, les éditions Denoël publient «La petite fille du Vel d’Hiv» qui relate l’histoire d’Annette Muller, fille de Manek et Rachel Muller. Les quatre enfants de Manek et Rachel, Michel, Jean, …, et Annette survivront. Annette s’est fait un devoir de raconter l’histoire de sa famille afin que la compassion prime sur la bestialité. Serge Klarsfeld, dans la préface du livre, nous informe qu’« Annette est devenue la mémorialiste de la famille. Le récit d’Annette, la fille de Manek et de Rachel est d’une intensité émouvante, tant l’amour pour sa mère dominait sa vie d’enfant ; une mère gaie, belle, intelligente, travailleuse, coquette et sociable. Le jour de la rafle, la mère supplie : « Ne prenez pas les enfants »

Annette sera placée dans un orphelinat catholique à Neuilly. mais avant cela elle a connu le Vel d’Hiv et le camp de transit de Beaune-la-Romaine. Voici ce que … relate : «Les quelques pages où Annette décrit la promiscuité du Vel d’Hiv, celle du camp de Beaune-la-Rolande, la terrible séparation des mères qu’on arrache à leurs enfants pour les pousser dans les wagons qui les conduisent à la mort, l’abandon des enfants dans une détresse physique et morale absolue sous le regard des gendarmes français sont à pleurer de honte et de colère, bien qu’on pense parfois avoir presque tout lu et presque tout savoir.»

Le témoignage de Manek

Les études historiques de Catherine Thion et Benoît Verny ainsi que celle de Katy Hazan ont permis de recueillir les témoignages dont celui de Manek, le père d’Annette, mais aussi de mettre en lumière les établissements catholiques qui ont recueilli des enfants juifs leur évitant une mort certaine

A Biecz » écrit Manek, « un millier de juifs ont été exterminés (…) Ma mère, ma soeur Anna et mes deux jeunes frères Elek, 19 ans, et Chlem, 21 ans ont été conduits avec une quinzaine de personnes (…) près du cimetière (…) Ma mère a vu mourir ses enfants avant d’être assassinée. Ils ont tué en même temps les Kurtz, les Spilmann, menuisiers et les Jakubovitch (…) Le fils Jakubovitch (…) s’est enfui. Les Allemands ont assassiné, dans son lit, sa soeur, très belle, après l’avoir violée. De même, le bébé de la soeur de Kurtz a été tué dans ses bras, avant qu’elle-même soit violée et massacrée (…) A Tarnow, des centaines de Juifs de la ville ont été rassemblés sur la grand place et tués à la mitrailleuse (…) Le voyage que j’ai fait en Pologne en août 1989 (…) m’a laissé de trop mauvais souvenirs. Il n’y a plus personne de ma famille ni de celle de Rachel. Quand je voyais les noms des villes et villages polonais, j’avais l’impression d’être au cimetière de Bagneux »

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