Chapitres 9 / ratés de peu ( suite)

Il regagna les locaux de la police et s’empressa d’appeler son correspondant français. Le capitaine lui fit, en français cette fois, un bref résumé des derniers développements.

– Nous venons d’avoir la preuve que les deux affaires étaient liées. D’abord, l’ l’appel à témoin pour l’expéditeur du colis a porté ses fruits. Un cafetier de Crest a reconnu, ou cru reconnaître dans le portrait robot son représentant en café, un certain Jean-Rodolphe Devantou, qui habite un petit village dans la région de Valence. Presque en même temps, un employé d’une déchetterie de la région nous a transmis un papier, trouvé dans une bouteille qui avait été amenée à la benne pour le recyclage. Sur ce papier, figuraient un SOS signé des trois noms des disparus qui vous concernent et le nom du complice de leur ravisseur, un certain Yann, qui, d’après les indications du message, serait d’une intelligence limitée. Or, en faisant des recherches sur ce Devantou, nous avons constaté qu’il était le tuteur légal de son cousin, un déficient mental léger du nom de Yann Avenas.

– Et vous allez l’appréhender ?

– Oui. Dans tous les cas, nous allons procéder à une vérification et une fouille domiciliaire. Nous n’attendons plus que le mandat du juge pour agir. Mais ce sera pour aujourd’hui encore.

– Parfait. Rappelez-moi quand ce sera fait et je me charge d’informer mes collègues suisses.

– Pas de souci, nous vous informerons dès que la perquisition sera terminée.

– Merci, à tout bientôt.

Luca s’empressa d’avertir Hanspeter et Lucien qui ne cachèrent pas leur satisfaction et leur impatience d’en savoir plus. Luca les assura qu’il les tiendrait au courant le plus rapidement possible, dès que les français le rappelleraient.

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En arrivant au bas de la petite route qui mène à la propriété de Jean-Rodolphe, les policiers aperçurent une fumée noire et ne tardèrent pas à découvrir la bâtisse et ses dépendances en feu. Les pompiers furent avertis dans l’instant et mirent moins de vingt minutes, ce qui est un exploit, pour parvenir sur les lieux du sinistre. Par miracle, seules les dépendances furent entièrement détruites, ne laissant que quatre murs de pierres dont le centre était encombré de poutres, de parois et de meubles calcinés, le tout parsemés d’outils et d’engins à peine reconnaissables.

La maison elle-même avait souffert : le toit s’était en partie effondré et la plupart des meubles étaient détruits. Cependant, le sous-sol où avaient séjourné les trois captifs était pratiquement intact malgré la porte et le soupirail laissés volontairement ouverts pour y faciliter la propagation des flammes. La salle de bain de l’étage était également presque intacte et serait d’un précieux secours pour y relever les traces ADN de ses utilisateurs, vraisemblablement le suspect et son cousin.

Les pompiers ne tardèrent pas à découvrir deux systèmes système de mise à feu retardée, identiques, dans la cuisine et la dépendance principale, assez ingénieux, faits d’un minuteur couplé à un grille pain imbibé d’essence et jouxtant ce qui avait du être un amas de papier, de cartons et de chiffons probablement eux aussi tous arrosés d’essence.

Mais la maison était vide. Aucune trace de vie, aucune âme qui vive dans ce bâtiment incendié.

Les gendarmes appelèrent leurs collègues de la police scientifique pour des prélèvements partout dans la maison où restaient encore des draps sur les lits, des brosses à dents dans les verres et même quelques habits.

Le capitaine appela brièvement Luca pour lui faire part de la situation et promit de l’informer dès que les analyses ADN seraient terminées et en lui demandant de lui fournir dans les meilleurs délais le profil ADN des trois disparus en possession des enquêteurs italiens et suisses. Luca fit le nécessaire immédiatement pour le Dottore Michelod et appela Lucien et Hanspeter pour qu’ils fournissent l’ADN des deux femmes, Alicia Galli et Josepa Durand aux français afin que ces derniers puissent tout de suite le comparer avec les résultats de leurs analyses, pour autant que les traces relevées dans la maison soient suffisantes pour établir ce profil.

Une semaine plus tard, les résultats tombaient. Pierre Michelod, Alicia Galli et Josepa Durand avaient bien séjourné dans la chambre sise au sous-sol de la maison de Jean-Rodolphe Devantou.

Par contre aucune trace de lui, de son cousin et a fortiori de ses prisonniers. Tant les contrôles aux frontières que les recherches sur place n’avaient rien donné. Devantou n’avait plus donné signe de vie à son employeur depuis plus de dix jours avant l’incendie et ne répondait pas aux appels téléphoniques.

Le personnel de la maison de retraite où séjournait son père ne l’avait plus revu mais avait reçu un chèque de 5000 euros signé de Jean-Rodolphe Devantou en faveur de son père. Il n’avait plus d’autres parents et les gendarmes ne savaient pas où chercher un indice permettant de savoir où il pourrait avoir un point de chute.

Deux événements, peut-être en lien avec cette fuite, méritaient

d’être investigués :

A Bourg-St-Maurice, un homme d’affaires s’était fait voler son véhicule devant l’hôtel dans lequel il séjournait. Il n’avait découvert sa disparition qu’au petit matin, en voulant reprendre son imposant 4X4, vert foncé et de marque Mercedes, pour gagner Aosta où il avait rendez-vous. Manque de chance, stressé par son rendez-vous manqué, il passa son temps au téléphone avec ses partenaires commerciaux et attendit plus de trois trois heures avant de déposer plainte, ce qui laissait au voleur une avance considérable.

Par ailleurs, deux douaniers italiens avaient été retrouvés morts, foudroyés chacun par un ou plusieurs coups de feu, vraisemblablement provenant d’un fusil de calibre 12, sans que personne ne fut témoin de la scène, peu avant le village de la Thuile en descendant vers le val d’Aoste. Or, il était avéré que Jean-Rodolphe, ancien chasseur, possédait une arme de ce calibre tout comme , par ailleurs, une carabine à répétition de 7,65.

Des recherches étaient en cours pour déterminer si ce vol et ces assassinats pouvaient être liés à la fuite de Devantou et donc imputables à ce dernier, ce qui donnerait à ce moment-là un indice sur la région dans laquelle il se trouvait. Le lendemain, cette hyppothèse se confirmait par la découverte de l’utilitaire Peugeot, immatriculé dans la Drôme et appartenant à Devantou, abandonné, à moitié calciné, sur une piste forestière à l’écart de la route qui mène de Bourg-St-Maurice vers l’Italie.

Mais ces deux événements, précisa le capitaine de gendarmerie à Luca, dataient de trois jours au moins, ce qui laissait à penser que le fugitif avait largement eu le temps de disparaître dans la nature malgré le signalement du véhicule volé et la photo de Jean-Rodolphe, désormais disponible bien que datant d’au moins 10 ans, largement diffusée aux services de police français, italiens et suisses.

Mais à part ça, rien de nouveau. Le moral de Luca, Hanspeter et Lucien n’affichait pas, et c’est le moins qu’on puisse dire, une météo très clémente et les dernières nouvelles des pandores français avaient plombé leur satisfaction d’enfin avancer un peu dans cette enquête et leurs espoirs de la résoudre rapidement.

( à suivre)