J’aime assez l’atmosphère de ce temps d’automne qui nous procure une abondance de fruits et nous apporte le vin nouveau ; qui fait se ranger les terrasses et couvrir les épaules, ; qui amène des couleurs à nos forêts, des brumes matinales et de la nostalgie aux soirées .

En route vers la ville, cet après-midi d’octobre je laissai mon esprit vagabonder, à peine dérangé par le chauffard qui collait au derrière de ma voiture, ne supportant pas que je dépasse un camion à moins de 130 km/h. Tiens, je pourrais lui offrir, pour Noël, une boîte de viagra pour l’encourager à garder sa virilité pour sa compagne plutôt que pour sa bagnole. Le fou du volant parti risquer sa vie et celle des autres loin de moi, je montai le volume de la radio.

Maxime Leforestier me rappelait qu’ « on ne choisit pas son pays, on ne choisit pas sa famille, les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher… ». Du coup, des fenêtres closes des maisons aperçues où j’imaginais des gens, des familles, des bonheurs, des drames, bref des trajectoires de vie, je passai mentalement à des horizons plus lointains dont quantité d’images furtives m’assaillaient au moment même où je plongeai dans le brouillard à la sortie de l’autoroute.

Il y a une année Alep était en ruines. Il n’ y avait ni vainqueurs ni vaincus. Seule la haine et l’horreur avaient gagné. Les derniers habitants qui le pouvaient, fuyaient, hagards , ne jetant que des regards furtifs aux cadavres qui jonchaient les rues et aux ruines de ce qui fut jadis, une cité prospère où il faisait bon vivre. Aux portes de la ville martyre, un vieille femme et une petite fille attendaient au coin d’un carrefour presque désert, que cessent les tirs proches pour tenter leur chance et rejoindre le lieu de rassemblement prévu pour une hypothétique évacuation, promise aux civils encore piégés dans ces rues détruites. Plus à l’Est, une femme Yazidie, enfin parvenue en zone kurde après une évasion difficile de Raqqa, pleurait sa sœur et sa mère, violées et massacrées par les tueurs de daech.

Un an plus tard, l’horreur s’est déplacée de quelques kilomètres :Le sort de la « poche d’Idlib », occupée en grande partie par les jhihadistes et menacée par les troupes du dictateur Assad et de ses alliés russes, est en sursis, son sort étant suspendu au bon vouloir de Poutiene, d’Erdogan et accessoirement d’Assad. La région d’Afrin, une partie du Rojava, la seule entité du Moyen Orient vraiment démocratique et respectueuse des droits des minorités et des femmes, est occupée par les troupes turques d’Erdogan et leurs supplétifs jihadistes qui sèment la terreur parmi la population kurde.

En Turquie, des milliers de personnes croupissent en prison pour délit d’opinion : des écrivains, des journalistes, des enseignants, des médecins et d’autres citoyens qui ne faisaient que leur travail mais qui exprimaient leurs avis , ne cautionnaient pas la guerre anti-kurdes ou refusaient simplement la pensée unique.

En Iran et en Arabie saoudite, on continue d’exécuter,même des femmes et des jeunes, non seulement pour des délits de droits communs mais en travestissant des délits d’opinion en soi-disant terrorisme ou autres accusations fantaisistes.

Les Etats-Unis ont toujours à leur tête un président fantasque, immature, imprévisible, climato-sceptique , macho et raciste qui tente de camoufler son incompétence et sa dangerosité en favorisant les plus riches et en prétendant que la bonne conjoncture économique est due à sa politique .

l’Europe et la Suisse se calfeutrent et laissent l’Italie et la Grèce porter presque seules la crise migratoire. En Italie, un premier ministre, bouffon xénophobe et incapable de gérer autre chose que son discours anti-migrants, fait honte à des millions d’italiens .

Partout souffle un vent nauséabond de xénophobie et de racisme, dont l’odeur est aussi vénéneuse que celle des terroristes religieux, engendré et attisé par des bouffons identitaires malfaisants, qui utilisent les peurs, les frustrations et les ressentiments de tous les laissés pour compte de la croissance pour leur vendre un mensonge et des faux coupables : les réfugiés de la guerre et de la misère qui ne font pourtant que tenter de sauver leurs vies et celles de leurs proches. Ce poison xénophobe ronge les consciences comme des frelons rongent nos pommes abandonnés cet automne.