À mesure qu’Idomeni se vide, les yeux s’emplissent de larmes, les cœurs, de désespoir. Les officiers de police grecs pressent chacun vers les cars. Le moment est venu de rejoindre un nouveau camp – officiel, militaire. Tout ce qu’Idomeni n’était pas.

Malgré le peu d’envie qu’ils ressentaient d’être transférés dans un nouveau camp, malgré la peur de l’inconnu, malgré la façon dont ils étaient traités, marionnettes entre les mains des autorités, les habitants d’Idomeni n’ont pas protesté, et l’évacuation s’est déroulée dans le calme général. Ils ont choisi de faire confiance, de croire que c’était pour le mieux, d’espérer pouvoir enfin offrir un endroit sûr à leurs enfants. Quelle désillusion que celle qui les attendait au bout du chemin, car si les exceptions existent, Idomeni n’avait rien à envier à la plupart des camps.

Aujourd’hui, un plafond gris et triste a remplacé le ciel bleu, bien que pas toujours clément, d’Idomeni. Les champs environnants ont laissé place aux bâtiments lugubres d’une zone industrielle. On n’entendra plus le chant des oiseaux, seul le brouhaha de la vie dans les halles, et le rugissement des camions de passage. Certains réfugiés osent un mot, une phrase, pour tenter de décrire leur nouveau quotidien : « No things. No water. No food. No electricity. No shower. » Un environnement qui, comme ils le disent, serait plus adapté à du bétail. Où est passée l’humanité ?

Les nouveaux camps se remplissent progressivement. La fatigue, le désespoir et la désillusion font monter la tension. Dans une halle, une bagarre éclate soudain entre deux hommes ; une centaine d’autres s’en mêle, mettant femmes et enfants en danger. De l’extérieur, les officiers assistent au combat sans broncher. La violence, lentement, se déplace, se poursuit à l’extérieur, et certains réfugiés, ensanglantés, dépassent les limites du camp alors que la police, qui réagit enfin, tente d’en fermer l’accès. Les réfugiés ont l’avantage du nombre et parviennent à rouvrir les portes du camp, mais les renforts de police arrivent. Chevauchant leurs bécanes, ils foncent sur les réfugiés, les repoussant vers l’intérieur à coups de matraque. Du bétail, disiez-vous ?

Incompréhension. Désillusion. Sentiment de révolte, de lassitude, d’impuissance. Idomeni n’était peut-être pas si mal.