19 mai 2016.

Sur le point de reprendre la route de la Grèce, je m’affaire aux derniers préparatifs en vue de ce nouveau voyage humanitaire lorsqu’un flot de nouvelles m’arrive soudain d’Idomeni. Sentiment de déjà-vu.

Un mois et demi plus tôt, le dimanche 10 avril 2016, je roulais en direction de la frontière gréco-macédonienne en compagnie de deux autres Suissesses. Alors que nous nous rapprochions du camp de réfugiés d’Idomeni, où nous allions rejoindre une organisation non-gouvernementale, nous tentions au mieux de suivre la situation de plus en plus dramatique qui nous attendait là-bas.

Suite à des rumeurs (infondées, comme nous le comprendrions bien vite) concernant l’ouverture des frontières, des milliers de réfugiés s’étaient rassemblés à la barrière de barbelés qui sépare maintenant la Macédoine de la Grèce. La situation avait alors dégénéré, les forces de l’ordre macédoniennes éloignant à coup de boulet de caoutchouc et de gaz lacrymogène ces hommes, femmes et enfants en quête de paix et de sécurité. Était-il réellement nécessaire de les remettre face à la violence qu’ils ont fuie au risque de leur vie ?

Bien triste spectacle que celui qui nous attendait alors, de ceux que l’on ne pourrait imaginer, et qui pourtant ne sont que trop réels. Jamais encore auparavant je n’avais rencontré de personnes si heureuses, si reconnaissantes de se voir offrir des oignons, l’un des remèdes les plus efficaces suite à l’exposition au gaz. Et en écrivant cela, je ne peux m’empêcher de me dire qu’aucun être humain ne devrait avoir à faire ce genre d’apprentissages, pourtant primordiaux lorsque l’on vit à Idomeni.

Un mois et demi seulement, et déjà nous rattrape ce même sentiment d’incertitude, d’angoisse – que va-t-on trouver là-bas ? Quelle sera l’étendue des dégâts ?

Rentrée en Suisse pour quelques jours après un mois passé en Grèce, je m’apprêtais à reprendre la route lorsque mon téléphone portable s’est enflammé, flot de nouvelles ininterrompu auquel je ne voulais pas croire : nouveaux affrontements à la frontière, gaz lacrymogène à nouveau répandu dans le camp, distribution massive d’oignons et de citrons. L’histoire qui se répète – cela aurait aussi bien pu être le 10 avril. Et si mon ventre se noue, si mes pensées se bousculent, que doivent-ils ressentir, eux ? Dans quel état va-t-on trouver le camp? Quel désespoir, quelle détresse que ceux de ces hommes, femmes et enfants que nous avons appris à connaître ? Pourrai-je seulement aller à leur rencontre, à l’heure où les autorités limitent progressivement l’accès au camp ?

Autant de questions qui demeurent sans réponse, mais qu’importe l’incertitude, qu’importe l’inconnu, qu’importe les obstacles qu’il faudra affronter : une chose au moins est certaine, c’est qu’il me faut y retourner au plus vite. Ouvrir au mieux ces bras que l’Europe trop souvent croise, et par là tenter de préserver le sens du mot « humanité ».