Simplicité et esthétisme. Si deux mots devraient être utilisés pour décrire De l’autre côté de la mer, le dernier film de Pierre Maillard, ce serait ces deux-là. Le film est un walk-movie: une balade entre Albanie et Italie, entre photos et amour, entre espoir et violence. Interview vidéo du réalisateur suisse. 

 

De l’autre côté de la mer emporte le public dans la chaleur du sud de l’Italie, où Jean, ancien photographe de guerre, interprété par le Suisse Carlo Brandt, ressasse ses souvenirs. Il a pris, lors de la guerre en Yougoslavie, la photo de trop.

Traumatisé, il s’est retiré des hommes: de photographe de guerre, il est devenu un photographe d’arbres. Il décide alors de revenir à l’endroit de cette photo.

Il y trouvera une jeune fille en fuite: son amant ayant été tué par ses frères, elle veut traverser la mer pour y trouver une vie meilleure. Ils entament ensemble un voyage vers l’Italie, à travers les forêts, les vestiges de la guerre, les souvenirs, la foi et la mer.

Un voyage sublime et métaphorique.

Le film est décrit comme un ‘’film d’action poétique’’ par le réalisateur genevois Pierre Maillard. L’action est lente, posée. Il faut parfois un peu plus d’attention au spectateur pour entrer dans le film, pour se laisser porter par la beauté stupéfiante des paysages.

Les plans choisis pour le film créent une lenteur qui peut être parfois difficile à apprécier pour certains spectateurs qui trouverait alors l’oeuvre plate.

Mais les acteurs offrent le relief nécessaire avec leur caractère, leurs émotions et leurs mystères. Même si certaines actions ne sont pas toujours très claires et un peu maladroites, une harmonie certaine se crée entre Carlo Brandt et Kristina Ago, qui interprète Mira.

Pour sa première apparence sur grand écran, elle campe une jeune fille rêvant d’un meilleur avenir, loin des cicatrices que la guerre a laissé sur son pays et sur son entourage.

Une femme fragile mais capable de trouver des ressources en elle-même, qui se veut sauvage mais protectrice au même moment.

Un autre point tout à fait intéressant est la diversité des langues, qui crée un univers avec plusieurs sens. Au cours du film, albanais, français, italien et anglais s’y mélangent pour créer un contexte linguistique intéressant.

Jean, le photographe, parle un italien avec cet accent français qui lui confère un certain charme ainsi qu’une certaine sensibilité. On découvre au début du film que Mira apprend l’italien en compagnie de son cousin.

Là aussi, l’italien imparfait de la jeune fille donne d’une certaine manière une grande force à l’histoire. Malgré leur maladresse et leurs origines différentes, cet italien deviendra leur univers et leur dénominateur commun qui accompagne chacun de leurs pas: au final, la véritable bande son du film est la richesse des langages et des mots.

Leur ultime voyage fait écho à l’actualité. A la fin du film, on se laisse aller dans les images qui nous reviennent en tête, la beauté des paysages et on imagine la suite. Toutefois, le spectateur aurait pu espérer une plus grande réflexion sur la photo de trop, thème peut-être laissé en arrière-plan.

Le film reste un bijou d’esthétisme et une magnifique réflexion sur le temps qui passe, peut-être véritable fil rouge de l’oeuvre.

A voir ce lundi 9 mai à 18:00 au cinéma Rex de Fribourg.