J’enrage sur cette affaire de Cologne. D’une rage sourde, qui vient de loin et qui peine à s’exprimer.

Cologne. Plus de 700 femmes agressées en une nuit.

Cologne. 2 tabous. 2 dénis. Les agressions envers les femmes. La xénophobie envers les réfugiés.

Et tout le monde y va de sa théorie, encore une fois. L’extrême-droite se défoule sur ces femmes, faisant d’elles le réceptacle de cette haine protéiforme anti-réfugiés. La gauche se vautre dans le déni, comme si lutter contre la xénophobie pouvait s’accommoder d’un sexisme dégueulasse et d’une minimisation des crimes sexuels. J’enrage.

Encore une fois, le débat se binarise, s’aveuglise (oui, « s’aveuglise » car s’aveugle n’est pas assez fort pour décrire la puissance de cette mécanique infernale). Encore une fois des vies humaines sont transformées en objets de nos mantras idéologiques compulsifs respectifs. Encore une fois, nous devrions choisir : soit, soit. Choisis ton camp camarade.

J’enrage.

Les agressions envers les femmes. Vrai tabou. Vrai déni. Toute femme qui a déjà été agressée le sait : cette société ne laisse pas de place à cette douleur et cette injustice-là. Les flics te disent dès le premier jour que ta plainte ne servira à rien. Tes proches te recommandent, entre 2 angoisses qui t’empêchent jusqu’à pouvoir dormir, sortir, manger, de « passer à autre chose ». Les médecins te psychanalysent pour seule réponse, comme si la violence aveugle d’un mec contre toi ne pouvait à elle-seule suffire à te bousiller les entrailles, le coeur, le corps et ce qu’il te reste de discernement aussi.

Pas besoin de réfugiés pour que survive ce tabou-là. Cette misogynie ordinaire. Ce mépris du corps des femmes et de leur liberté.

Et d’ailleurs, que viennent faire « les réfugiés » dans cette histoire? Depuis quand les réfugiés, les pauvres, les exclus, celles et ceux que nous défendons en tant qu’acteurs attachés à l’émancipation, devraient-ils se parer de bonté et de vertu? Depuis quand les réfugiés « c’est bien »? Depuis quand nous indignerions-nous en fonction de l’identité des criminels et/ou de leurs victimes? Depuis quand certains auraient-ils le monopole de la morale et d’autres de l’ignominie?

Vrai tabou. Vrai déni.

Je suis une femme. Je suis anti-raciste. Et j’enrage.

Car ces 2 identités sont instrumentalisées par les uns et les autres pour me dire que je n’existe ni en tant que l’une ni en tant que l’autre.

Je ne veux pas choisir mon camp.

Je suis une femme ET je suis anti-raciste.

Je suis Cologne. Et je n’oublierai pas.