22 11 63 de Stephen King

Que feriez-vous si vous découvriez une faille temporelle qui vous permette de modifier une date importante comme l’assassinat de John Kennedy? Feriez-vous comme Jake Epping, vous lanceriez-vous à l’aventure quitte à vous retrouver à une époque où vous n’êtes pas encore né?

Stephen King, maître du suspense, s’essaie à un genre nouveau pour lui, mais ô combien déjà exploré dans la science-fiction traditionnelle, l’uchronie. A savoir l’exploration de ces mondes parallèles où un événement du passé a été modifié.

Il nous rappelle H.G. Wells et sa machine à explorer le temps, il nous rappelle aussi Philip K. Dick et son maître du haut-château. Mais où le maître étonne, c’est dans sa maîtrise d’un genre nouveau, totalement inconnu de son univers, l’intrigue amoureuse, qui terminera dans un final éblouissant. Après avoir lu les mille et trente pages du roman, on n’écoute plus «In the mood» de Glenn Miller de la même façon.

L’horizon à l’envers de Marc Levy

Certains critiques littéraires comparent cet ouvrage à ceux de Jules Verne. C’est plutôt un savant mélange de Timeline de Crighton, de Time machine de H.G.Wells et du film «A propos de Henry» avec Harrisson Ford.

Le thème en est la cryogénisation et la renaissance. Les expériences décrites dans l’ouvrage sont des expériences basées sur des expériences réelles. Le lecteur est donc invité à s’interroger sur ce qu’est réellement la conscience.

La plongée dans le monde de la recherche passionne le lecteur jusqu’au deux tiers du livre. Et puis vient le chapitre Melody où une deuxième histoire commence où tout s’accélère et où la première histoire télescope la première. Le troisième tiers est bien une renaissance de l’histoire de départ et ce changement de rythme est bien à l’image du thème du livre, à savoir la renaissance.

L’horizon à l’envers, Marc Levy, Pesses Pockett

Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré de Paulo Coelho

Paulo Coelho nous parle d’amour et il le fait très bien. Il nous dit qu’aimer, c’est donner, ce n’est pas recevoir. Il nous dit de faire taire l’Autre Moi qui est construit sur la peur et non sur l’amour. «Parce que, dès le moment où nous partirons en quête de l’amour, lui aussi partira à notre rencontre. Et nous sauvera.» (page 93)

Ce roman a la structure d’un pélerinage : les chemins importent peu, l’histoire importe peu, seuls importent les enseignements que l’on en tire. Seul le chemin de l’Amour importe aux yeux de Coelho, et il en dira : «Et l’amour est un chemin compliqué. Parce que sur ce chemin, ou les choses nous conduisent au ciel, ou bien elles nous attirent en enfer» (page 78).

Coelho est parfois dur à lire parce qu’on n’accroche pas par le récit mais bien par ces passages philosophiques ou intimistes qui sont de toute beauté. Ne dit-il pas de l’addiction à l’amour : «Aimer est comme une drogue. Au début, tu as une sensation d’euphorie, d’abandon total. Le lendemain, tu en veux davantage. Ce n’est pas encore l’inoxication, mais tu as apprécié la sensation, et tu crois pouvoir en rester maître. Tu penses à l’être aimé deux minutes et tu l’oublies trois heures durant. Mais peu à peu, tu t’habitues à cet être, et tu en deviens complètement dépendant. Alors tu penses à lui trois heures durant et tu l’oublies pendant deux minutes. S’il n’est pas à proximité, tu éprouves la même sensation que les

drogués quand ils sont en manque. Et de même que les drogués volent et s’humilient pour se procurer ce dont ils ont besoin, tu es prêt à faire n’importe quoi pour l’amour.» (page 74).

Enfin, Coelho nous parle de l’expérience du singe laveur de patates (page 157) : «Un savant qui étudiait les singes dans une île d’Indonésie, était parvenu à enseigner à une guenon à nettoyer les patates dans l’eau d’une rivière avant de les manger. Débarrassé du sable et des saletés, le tubercule devenait plus savoureux. Ce savant, qui faisait cela uniquement parce qu’il rédigeait une étude sur les capacités d’apprentissage des singes en question, ne pouvait imaginer ce qui allait arriver. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant que d’autres singes de l’île se mirent à imiter la guenon ! Tant et si bien qu’un beau jour, lorsqu’un certain nombre

de singes eurent appris à laver les patates, ceux de toutes les îles de l’archipel commencèrent à en faire autant. Mais le plus étonnant est que ces autres animaux avaient appris sans jamaisavoir eu aucun contact avec l’île où l’expérience a été menée. (…) L’explication la plus communément admise est que, lorsqu’un nombre déterminé d’individus évoluent, c’est l’espèce tout entière qui finit par évoluer.»

Paulo Coelho, Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j’ai pleuré, J’ai Lu

Boomerang de Tatiana de Rosnay

Un boomerang est un objet que l’on lance et dont l’effet gyroscopique le ramène à son point de départ, avec le risque de le recevoir en pleine figure. C’est justement ce qui arrive à Antoine après un mariage d’amour et trois enfants issus de cette union. Une longue période de bonheur et puis c’est l’incompréhension du divorce, où il se sent un peu merdeux. Qu’est-ce que j’ai foiré se demande-t-il ?

Après un an où il se sent comme un «prisonnier d’Alcatraz se nourrissant de miettes de rires, de chant et de musique» (page 195) (A Alcatraz, selon la direction des vents, on peut parfois entendre les fêtes qui se donnent au St Francis Yacht Club), il se décide à inviter sa soeur pour fêter ses quarante ans à Noirmoutier où, enfants, ils avaient l’habitude de passer leurs vacances. La voiture décolle dans un virage. Antoine sort indemne. Sa soeur est entre la vie et la mort. Juste avant l’accident, elle voulait lui révéler un secret … Ainsi commence l’histoire.

Tatiana de Rosnay nous livre un roman d’une incroyable intensité, nous fait vivre avec ses personnages des événements hors du commun, nous fait découvrir des paysages «où on a l’impression d’y être» tant la description est précise et minutieuse, et nous fait partager sa sensibilité.

Et il y a le mystère de ces lettres d’amour écrites par une femme et qui se terminent par «détruis cette lettre» pour lequel le lecteur devine qu’elles sont adressées à un amant adultérin, à moins que ce ne soient des enfants jouant aux services secrets. Qui a bien pu les écrire ?

La découverte du passé, la mise au grand jour de souvenirs refoulés est un véritable boomerang disent les psychologues, c’est aussi la trame du récit qui va en s’accélérant jusqu’à tenir le lecteur en haleine jusqu’à un final tout en tendresse et en apaisement. Tatiana de Rosnay nous offre le baiser de la vie en guise de point final.

Tatiana de Rosnay, Boomerang, Livre de Poche

La petite fille, le coyote et la mort de Puard

Ilsa, 11 ans, aime raconter des histoires de martiens et se délecte à écouter Benny, l’amant de sa mère qui lui raconte des récits d’extraterrestres tout droit sorti des comics américains. Dans le Village (on dit le Village comme dans le Prisonnier ou le film de Shyamalan), il se passe des choses étranges. Des animaux meurent mystérieusement, des humains tombent gravement malades. Et l’on suit ce qui se passe au Village à travers le carnet de notes d’Ilsa qui, comme Benny, croit dur comme fer que «c’est un coup des martiens».

La plume de Puard nous plonge dans un univers de bande dessinée, où les personnages sont de véritables caricatures, où l’humour souvent noir est toujours présent. Et comme les grands auteurs de romans policiers, il tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Le lecteur n’ignore pas que derrière cette description ahurissante faite par Ilsa se cache une réalité inquiétante. S’agit-il d’essais atomiques, d’épidémie virale foudroyante, ou d’autres choses encore?

Terminons par siffloter comme Benny (All That way, Frank Sinatra)

Who knows where the road will lead us

Only a fool would say

Qui sait où la route nous mènera

Seul un fou pourrait le dire

Puard, La petiete fille, le coyote et la mort, Librairie des Champs-Elysées, collection Le masque

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