L’instant présent de Guillaume Musso

Thriller psychologique, roman d’amour mais aussi poésie fantastique ou science-fictionnesque, L’instant présent mêle astucieusement les genres pour tenir le lecteur en haleine pendant 400 pages pour aboutir aux 40 dernières qui vous empêcheront d’arrêter la lecture tant le final est éblouissant.

Vingt-quatre chapitres correspondant aux vingt-quatre vents d’un mystérieux phare où se produisent certains événements qui dépassent la compréhension. Vingt-quatre moments de vie intense, de cet «instant présent» où se cristallisent nos émotions et où la vie à deux prend tout son sens. Des moments de vie comme ceux qu’on a aimé vivre, qu’on aurait aimé vivre ou qu’aurait détesté vivre.

Roman intense qui fera dire à Musso par un de ses personnages écrivain que l’écriture permet de «rendre acceptable dans un roman ce qui est inacceptable dans la réalité» (page 420)

Deux extraits ont marqué mon attention :

« La roue tourne. Il faut savoir encaisser les coups. Il faut faire preuve d’endurance. Faire le dos rond. Laisser passer l’averse. Survivre au déluge. La plupart du temps, le balancier finit par s’inverser. Pas toujours, mais souvent.» (page 313)

«Un jour, le cycle infernal finira par s’arrêter. Aujourd’hui marque une étape. La guerre est longue, mais je pressens que je viens de remporter une bataille importante.» (page 319)

Le premier jour – La première nuit de Marc Lévy

Présenté en deux livres, il s’agit en fait d’un seul roman, d’une seule histoire avec un extraordinaire cliffhanger en fin de premier tome. C’est une très belle histoire d’amour avec un brin d’aventures ou un génial roman d’aventures pimenté d’amour.

Marc Levy nous fait vivre ses personnages, nous tient en haleine et agrémente le tout avec une pointe d’humour très british. Et si comme Walter vous trouvez que le monde est beau et que vous avez envie d’embrasser la planète entière simplement parce qu’une jolie jeune femme aux cheveux légèrement argentés et portant merveilleusement bien le chapeau anglais vous a souri avec les yeux, alors vous avez véritablement pénétré dans l’univers de Marc Levy.

Il est une légende qui raconte que l’enfant dans le ventre de sa mère connaît tout du mystère de la Création, de l’origine du monde jusqu’à la fin des temps. A sa naissance, un messager passe au-dessus de son berceau et pose un doigt sur ses lèvres pour que jamais il ne dévoile le secret qui lui fut confié, le secret de la vie. Ce doigt posé qui efface à jamais la mémoire de l’enfant laisse une marque. Cette marque, nous l’avons tous au-dessus de la lèvre supérieure, sauf moi.

Le jour où je suis né, le messager a oublié de me rendre visite, et je me souviens de tout…

Marc Lévy, La première nuit, Presses Pocket, page 489 et 4eme page de couverture.

Elle et lui de Marc Levy

Deux étrangers se rencontrent par le fruit du hasard. Ils se plaisent. Qui des deux recontactera l’autre? Elle emporte son téléphone portable par mégarde. Il doit alors pour cette raison la recontacter.

Ca compte ou ça compte pas?

Les deux personnages principaux ne veulent pas au début reconnaître leur amour et donc inventent ce jeu d’enfant de savoir si tel action est importante ou pas.

Mais lorsqu’une belle femme, douce, gentille et intelligente vous regarde la première fois semblant vous dire : «C’est toi? , parce que c’est moi!» , vous vous dites que vivre de tels événements est nettement mieux que lire le livre que vous avez en mains et que vous avez alors envie de rebaptiser «Toi et Moi».

Les secrets de Dieu par Marcel Pagnol

Cette nouvelle de Marcel Pagnol est publiée en Livre de Poche à la suite de «La petite fille aux yeux sombres». Dans une France révolutionnaire, où les exactions en tout genre des Républicains nous fait douter du genre humain, l’auteur nous donne une extraordinaire leçon d’amour touchant même des aspects délicats comme la différence ou l’altérité. Alors qu’on est habitué chez Pagnol à la simplicité, à la joie de vivre et à la générosité; ici il nous donne un véritable plaidoyer contre les errements de l’eugénisme. Il nous rappelle la mésaventure

de Sparte qui voulait forger ses habitants dans le moule de parfaits guerriers. Jamais, nous dit-il, Sparte n’a eu comme Athènes de brillants savants et de géniaux artistes. Mais il est vrai qu’Athènes n’a jamais été tentée par le mirage de l’eugénisme. Brillante leçon de Pagnol à rappeler à tous ceux qui voudraient s’en inspirer.

Sauve-moi de Guillaume Musso

Sam rencontre Juliette en évitant de justesse un accident. New-York en hiver, sous la neige, décor idéal pour un amour passionné entre deux êtres que rien au premier abord ne semble rapprocher. Les deux amants vont très souvent se mentir, sans aucune mauvaise intention, et cela aura des conséquences épouvantables. Car les personnages de Musso, comme ceux de la vie réelle, s’imaginent bien sûr que le mensonge ne se remarque pas.

Livre passionné et passionnant, le deuxième roman de Musso nous fait découvrir un New York inattendu, loin des cartes postales, mais très près de la vie réelle où les junkies côtoient les cadres supérieurs d’entreprises cotées en bourse. Et introduit des personnages quasi surnaturels annonçant une destinée «déjà écrite» nous amenant à réfléchir sur la notion de libre-choix.

Enfin, Musso termine son roman par une course contre le temps où le personnage principal sera amené à déployer des trésors d’énergie et d’imagination pour sauver celle qu’il aime.

Central Park de Guillaume Musso

Un homme et une femme se réveillent un matin côte à côte enchaînés sur un banc de Central Park à New York et se souviennent juste qu’ils étaient la veille au soir l’un à Dublin et l’autre à Paris. Thriller angoissant de Musso qui nous entraîne sur la piste d’un tueur en série pour finir en apothéose par une éblouissante déclaration d’amour qui ne manquera pas de vous faire couler l’une ou l’autre chaude larme.

Extrait

Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie vous offre une rencontre que vous n’attendez plus. Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que vous êtes, qui vous prend dans votre globalité, qui devine et admet vos contradictions, vos peurs, votre ressentiment, votre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui vous tend un miroir dans lequel vous n’avez plus peur de vous regarder.

Guillaume Musso, Central Park, Presses Pocket, page 111

Si c’était à refaire de Marc Lévy

Imaginons que vous fassiez votre jogging à Central Park et qu’un inconnu vous poignarde dans le dos. Vous perdez tout votre sang, et vous vous sentez mourir … Et tout à coup, vous vous réveillez deux mois plus tôt.

Deux mois pendant lesquels vous allez pouvoir refaire les choses et changer le cours de votre destin. Votre femme qui vous avait quitté le jour de votre mariage, vous la retrouvez qui vous interroge sur les préparatifs de ce fameux mariage où vous savez que vous avez merdé. Et vous vient alors l’idée que vous allez peut être pouvoir tout changer jusqu’à votre fin que vous croyez être deux mois plus tard.

Tout au long du livre, on ne sait pas si le héros a voyagé dans le temps, s’il a imaginé sa mort et qu’en fait il vit la première fois ce qu’il croit être la deuxième, ou si la rencontre avec un personnage à l’allure méphistophélique n’est que le rappel d’un pacte diabolique. Ou alors une quatrième hypothèse non évoquée par l’auteur.

Thriller époustouflant qui nous donne envie de pouvoir corriger nos erreurs en voyageant dans le temps. Et une fin surprenante et à couper le souffle.

L’étrange voyage de Monsieur Daldry de Marc Lévy

Lorsqu’ Alice reçoit chez elle à Londres quelques amis et que le lendemain d’une soirée bien arrosée la prédiction d’une diseuse de bonne aventure sèmera le trouble, elle ne se doute pas qu’un élément apparemment anodin va entamer chez elle un processus de recherche de l’âme soeur. Partant de Londres, passant par Brighton pour arriver aux vestiges de Constantinople, son périple sera une véritable quête initiatique, partant de l’Alpha pour arriver à l’Oméga,

pour finalement trouver le bonheur tout près d’où elle était partie.

Roman drôle, amusant, léger mais aussi un pur moment de bonheur.

La petite fille aux yeux sombres de Marcel Pagnol

Premier ouvrage de Marcel Pagnol et c’est déjà un chef-d’oeuvre. L’amour résiste au temps, c’est évident. L’auteur se pose néanmoins la question de savoir si un amour de jeunesse, avec toute sa beauté mais aussi toute sa fragilité, résiste de la même manière.

Le roman est autobiographique et la fin de l’histoire est toute personnelle et donc non générale. La plume de Marcel Pagnol est virevoltante et par la magie de la fiction nous fait revivre l’époque de nos premiers émois amoureux, par personnages interposés, où bien sûr nous ne nous souvenons que des meilleurs moments.

Et pour guise de conclusion, il transporte l’histoire de ous les héros et héroïne neuf ans plus tard pour nous amener à philosopher sur le temps qui passe. Je ne vous dirai pas la fin de l’histoire, je vous invite à la lire.

Et si c’était vrai de Marc Lévy

On dit toujours qu’on juge les grands écrivains à leur première oeuvre. Ici, dans ce qui apparaît comme une comédie guillerette, qui sent bon la joie de vivre, Marc Lévy nous entraîne sur les chemins plus escarpés de la tragédie et du traumatisme d’un enfant qui voit sa mère le quitter et rejoindre les cieux. Mais ce ressenti brutal nous amène des passages de toute beauté, comme cette lettre posthume d’une mère disparue à son jeune fils :

(…) Mon Arthur, ceci est ma dernière lettre et c’est aussi mon testament d’amour.

Mon âme s’envole portée par tout le bonheur que tu m’as donné. La vie est merveilleuse, Arthur, c’est lorsqu’elle se retire sur la pointe des pieds que l’on s’en aperçoit, mais la vie se goûte à l’appétit de tous les jours.

A certains moments, elle nous fait douter de tout, ne baisse jamais les bras, mon coeur. Depuis le jour où tu es né, j’ai vu cette lumière dans tes yeux, qui fait de toi un petit garçon si différent des autres. Je t’ai vu tomber et te relever en serrant les dents, là où tout enfant aurait pleuré. Ce courage, c’est ta force mais aussi ta faiblesse. Prends garde à cela, les émotions sont faites pour être partagées, la force et le courage sont comme deux bâtons qui peuvent se retourner contre celui qui les utilise mal. Les hommes aussi ont le droit de pleurer, Arthur, les hommes aussi connaissent le chagrin. A partir de maintenant, je ne serai plus là pour répondre à tes questions d’enfant, c’est parce que le moment est venu pour toi de devenir un petit homme. Dans ce long périple qui t’attend ne perd jamais de ton âme d’enfant, n’oublie jamais tes rêves, ils seront le moteur de ton existence, ils formeront le goût et l’odeur de tes matins.

Bientôt tu connaîtras une autre forme d’amour que celui que tu me portes, ce jour venu, partage-le avec celle qui t’aimera; les rêves vécus à deux forment les souvenirs les plus beaux. La solitude est un jardin où l’âme se dessèche, les fleurs qui y poussent n’ont pas de parfum.

L’amour a un goût merveilleux, souviens-toi qu’il faut donner pour recevoir ; souviens-toi qu’il faut être soi-même pour pouvoir aimer. Mon grand, fie-toi à ton instinct, sois fidèle à ta conscience et à tes émotions, vis ta vie, tu n’en as qu’une. Tu es désormais responsable de toi-même et de ceux que tu aimeras. Sois digne, aime, ne perds pas ce regard qui nous unissait tant lorsque nous partagions l’aube. Souviens-toi des heures que nous avons passées à tailler les rosiers ensemble, à scruter la lune, à apprendre le parfum des fleurs, à écouter les bruits de la maison pour les comprendre. Ce sont là des choses bien simples, parfois désuètes, mais ne laisse pas les gens aigris, ou blasés dénaturer ces instants magiques pour celui qui

sait les vivre. Ces moments-là portent un nom, Arthur, l’ «émerveillement» , et il ne tient qu’à toi que ta vie soit un émerveillement. C’est la plus grande saveur de ce long voyage qui t’attend.

Mon petit homme, je te laisse, accroche-toi à cette terre qui est si belle. Je t’aime mon grand, tu as été ma raison de vivre, je sais aussi combien tu m’aimes, je pars l’esprit tranquille, je suis fière de toi.

Ta maman.

(Presses Pocket pages 156-157)

Pour un roman qui est drôle et beau comme la vie, un thème difficile comme l’euthanasie est néanmoins abordé, avec bien sûr cette préférence pour la vie.

Commentaire

L’auteur nous dit que «nous n’avons qu’une vie» . En réalité, non seulement nous n’en savons rien, mais en plus la question est totalement indécidable. Cela ne change rien à la beauté du texte. Il aurait dit «nous n’en avons peut-être qu’une» , le texte aurait gardé sa beauté.

Seulement si tu en as envie de Bruno Combes

Quand Stephen, bouquiniste sur les quais de Seine envoie par fax le message suivant «Dites-lui qu’elle me contacte, seulement si elle en a envie» (page 94) à Camille, avocate d’affaires, il ne se doute pas que ce message anodin va réveiller une passion vieille de vingt-sept ans.

Bruno Combes décrit ce qu’il appelle «une séparation incompréhensible» , si ce n’est par l’alcool et le besoin de plaire aux copines. Il décrit aussi la routine de certains milieux bourgeois parisiens et dans une certaine mesure l’ennui et les obligations. Ainsi que des moments de pure tendresse notamment envers celle qu’il appelle «la petite mère».

Dans le langage des chercheurs d’or, on peut dire que ce livre est une véritable pépite. Un vrai moment de bonheur que l’on passe à suivre les traces des deux personnages principaux, de leurs premiers émois amoureux jusqu’à leur amour impossible, Camille étant mariée avec enfants et ne désirant pas faire exploser sa famille pour une passion de jeunesse. Un final émouvant avec une très belle déclaration d’amour. Mais pour savoir comment ça finit, il faudra lire le livre.

Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

Titre original : Sarah’s key

Bouleversant. Tatiana de Rosnay nous montre avec émotion les réactions différentes des voisins de la famille de Sarah lors de leur arrestation pour les conduire au Vel d’Hiv. La concierge qui manifeste sa haine raciste et que si elle avait été un homme on l’eût qualifiée d’ «infâme salaud» (inglorious bastard en anglais). Le professeur de musique qui s’insurge contre cette arrestation injuste et ne peut s’empêcher de crier «que faites-vous» , «où les emmenez-vous» et puis «mais vous ne pouvez pas faire ça» , «ce sont des honnêtes gens, des gens bien» avant d’exprimer toute sa détresse en laissant couler une grosse larme sur son visage. Sans oublier cette majorité silencieuse qui a peur et qui se tait.

En évoquant ces enfants affamés, «la fillette se demanda : ces policiers . . . N’avaient-ils pas de famille? Pas d’enfants? Des enfants qu’ils retrouvaient le soir à la maison? Comment pouvaient-ils les traiter de la sorte! Agissaient-ils sur ordre ou était-ce chez eux quelque chose de naturel? Etaient-ils des machines ou des êtres humains?» (page 122)

Comment ne pas s’insurger aussi devant l’attitude de Bernard, mari de Julia Jarmond, qui pose un ultimatum à sa femme exigeant qu’elle avorte en menaçant de rompre leur liaison? Alors que Julia est toute heureuse d’être enceinte et est confrontée au crétinisme sans limite de son époux. L’auteure partage avec le lecteur l’envie de dire à son héroïne «mais enfin largue-le, qu’est-ce que tu attends!» .

Voir le site de Tatiana de Rosnay

« Le présent est toujours le sésame du passé, le passé résonne dans le présent, le présent révèle le secret » (interview de Tatiana de Rosnay in Elle s’appelait Sarah, Livre de poche page 406)

Vous revoir de Marc Lévy

Moment d’émotion lorsqu’ Arthur soulève la bâche et découvre Daisy, la fidèle ambulance d’«Et si c’était vrai» qui leur a permis, à lui et à Paul, de kidnapper Lauren dans un hôpital afin de lui éviter une euthanasie. Moment d’émotion encore lorsque Santiago parle de sa fille Marcia, qu’il annonce qu’il construit des barrages en Argentine mais que sa fierté c’est elle.

Moment d’humour enfin lorsqu’en plein cimetière, les deux comparses parviennent à nous faire rire tant la situation confine au cocasse et où les dialogues nous émerveillent par leur drôlerie.

Il y a une très belle déclaration d’amour d’Arthur à Lauren dont voici quelques extraits (page 337) : «( . . . ) ensemble nous étions nos demains. Je sais désormais que les rêves les plus fous s’écrivent à l’encre du coeur. ( . . . ) les moments que tu m’as donnés portent un nom : l’émerveillement. Même sans toi, je ne serai plus jamais seul puisque tu existes quelque part.»

Si le vie offrait à Arthur et à Lauren une seconde chance de se revoir, sauraient-ils prendre tous les risques pour la saisir?

Avec cette comédie romantique, Marc Lévy retrouve les personnages de son premier roman Et si c’était vrai … et nous entraîne dans une nouvelle aventure faite d’humour et d’imprévus … (Vous revoir, Marc Lévy, Robert Laffont, 3eme page de couverture)

Vous revoir, Marc Lévy, Robert Laffont, 2005

Claudine à Paris par Willy et Colette

Vrai moment de bonheur que de découvrir Colette, qui enchante le monde par sa plume comme Pagnol le fit en décrivant son enfance et sa Provence natale. Claudine redevient enfant en se sentant devenir femme (page 229) mais aussi affirme sa féminité en disant que «les femmes libres ne sont pas des femmes» (pages 229-230) (par femme libre Colette entend une femme n’ayant aucun amoureux et donc aucun amour véritable dans sa vie).

Voici ce que dit Claudine en parlant de Renaud : «(…) celui à qui je me confierai comme à un papa chéri, celui auprès de qui je me sens tour à tour angoissée et honteuse, comme si j’étais sa maîtresse – puis épanouie et sans pudeur, comme s’il m’avait bercée dans ses bras.»

Et voici ce que dit Renaud en parlant de Claudine : «O petite inespérée! Ne me laissez pas le temps d’avoir honte de ce que je fais! Je vous garde, je ne puis que vous garder, petit corps qui êtes pour moi ce tout ce que le monde a fait fleurir de plus beau . . . Est-ce qu’avec vous je serai jamais vieux tout à fait? Si vous saviez, mon oiseau chéri comme ma tendresse est exclusive, comme ma jalousie est jeune, et quel mari intolérable je serai! . . .» (page 242)

Claudine à Paris, Colette, Livre de Poche

22 11 63 de Stephen King

Que feriez-vous si vous découvriez une faille temporelle qui vous permette de modifier une date importante comme l’assassinat de John Kennedy? Feriez-vous comme Jake Epping, vous lanceriez-vous à l’aventure quitte à vous retrouver à une époque où vous n’êtes pas encore né?

Stephen King, maître du suspense, s’essaie à un genre nouveau pour lui, mais ô combien déjà exploré dans la science-fiction traditionnelle, l’uchronie. A savoir l’exploration de ces mondes parallèles où un événement du passé a été modifié.

Il nous rappelle H.G. Wells et sa machine à explorer le temps, il nous rappelle aussi Philip K. Dick et son maître du haut-château. Mais où le maître étonne, c’est dans sa maîtrise d’un genre nouveau, totalement inconnu de son univers, l’intrigue amoureuse, qui terminera dans un final éblouissant. Après avoir lu les mille et trente pages du roman, on n’écoute plus «In the mood» de Glenn Miller de la même façon.

22/11/63, Stephen King, Livre de Poche

L’horizon à l’envers de Marc Levy

Certains critiques littéraires comparent cet ouvrage à ceux de Jules Verne. C’est plutôt un savant mélange de Timeline de Crighton, de Time machine de H.G.Wells et du film «A propos de Henry» avec Harrisson Ford.

Le thème en est la cryogénisation et la renaissance. Les expériences décrites dans l’ouvrage sont des expériences basées sur des expériences réelles. Le lecteur est donc invité à s’interroger sur ce qu’est réellement la conscience.

La plongée dans le monde de la recherche passionne le lecteur jusqu’au deux tiers du livre. Et puis vient le chapitre Melody où une deuxième histoire commence où tout s’accélère et où la première histoire télescope la première. Le troisième tiers est bien une renaissance de l’histoire de départ et ce changement de rythme est bien à l’image du thème du livre, à savoir la renaissance.

L’horizon à l’envers, Marc Levy, Pesses Pockett

Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré de Paulo Coelho

Paulo Coelho nous parle d’amour et il le fait très bien. Il nous dit qu’aimer, c’est donner, ce n’est pas recevoir. Il nous dit de faire taire l’Autre Moi qui est construit sur la peur et non sur l’amour. «Parce que, dès le moment où nous partirons en quête de l’amour, lui aussi partira à notre rencontre. Et nous sauvera.» (page 93)

Ce roman a la structure d’un pélerinage : les chemins importent peu, l’histoire importe peu, seuls importent les enseignements que l’on en tire. Seul le chemin de l’Amour importe aux yeux de Coelho, et il en dira : «Et l’amour est un chemin compliqué. Parce que sur ce chemin, ou les choses nous conduisent au ciel, ou bien elles nous attirent en enfer» (page 78).

Coelho est parfois dur à lire parce qu’on n’accroche pas par le récit mais bien par ces passages philosophiques ou intimistes qui sont de toute beauté. Ne dit-il pas de l’addiction à l’amour : «Aimer est comme une drogue. Au début, tu as une sensation d’euphorie, d’abandon total. Le lendemain, tu en veux davantage. Ce n’est pas encore l’inoxication, mais tu as apprécié la sensation, et tu crois pouvoir en rester maître. Tu penses à l’être aimé deux minutes et tu l’oublies trois heures durant. Mais peu à peu, tu t’habitues à cet être, et tu en deviens complètement dépendant. Alors tu penses à lui trois heures durant et tu l’oublies pendant deux minutes. S’il n’est pas à proximité, tu éprouves la même sensation que les

drogués quand ils sont en manque. Et de même que les drogués volent et s’humilient pour se procurer ce dont ils ont besoin, tu es prêt à faire n’importe quoi pour l’amour.» (page 74).

Enfin, Coelho nous parle de l’expérience du singe laveur de patates (page 157) : «Un savant qui étudiait les singes dans une île d’Indonésie, était parvenu à enseigner à une guenon à nettoyer les patates dans l’eau d’une rivière avant de les manger. Débarrassé du sable et des saletés, le tubercule devenait plus savoureux. Ce savant, qui faisait cela uniquement parce qu’il rédigeait une étude sur les capacités d’apprentissage des singes en question, ne pouvait imaginer ce qui allait arriver. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant que d’autres singes de l’île se mirent à imiter la guenon ! Tant et si bien qu’un beau jour, lorsqu’un certain nombre de singes eurent appris à laver les patates, ceux de toutes les îles de l’archipel commencèrent à en faire autant. Mais le plus étonnant est que ces autres animaux avaient appris sans jamaisavoir eu aucun contact avec l’île où l’expérience a été menée. (…) L’explication la plus communément admise est que, lorsqu’un nombre déterminé d’individus évoluent, c’est l’espèce tout entière qui finit par évoluer.»

Paulo Coelho, Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j’ai pleuré, J’ai Lu

Boomerang de Tatiana de Rosnay

Un boomerang est un objet que l’on lance et dont l’effet gyroscopique le ramène à son point de départ, avec le risque de le recevoir en pleine figure. C’est justement ce qui arrive à Antoine après un mariage d’amour et trois enfants issus de cette union. Une longue période de bonheur et puis c’est l’incompréhension du divorce, où il se sent un peu merdeux. Qu’est-ce que j’ai foiré se demande-t-il ?

Après un an où il se sent comme un «prisonnier d’Alcatraz se nourrissant de miettes de rires, de chant et de musique» (page 195) (A Alcatraz, selon la direction des vents, on peut parfois entendre les fêtes qui se donnent au St Francis Yacht Club), il se décide à inviter sa soeur pour fêter ses quarante ans à Noirmoutier où, enfants, ils avaient l’habitude de passer leurs vacances. La voiture décolle dans un virage. Antoine sort indemne. Sa soeur est entre la vie et la mort. Juste avant l’accident, elle voulait lui révéler un secret … Ainsi commence l’histoire.

Tatiana de Rosnay nous livre un roman d’une incroyable intensité, nous fait vivre avec ses personnages des événements hors du commun, nous fait découvrir des paysages «où on a l’impression d’y être» tant la description est précise et minutieuse, et nous fait partager sa sensibilité.

Et il y a le mystère de ces lettres d’amour écrites par une femme et qui se terminent par «détruis cette lettre» pour lequel le lecteur devine qu’elles sont adressées à un amant adultérin, à moins que ce ne soient des enfants jouant aux services secrets. Qui a bien pu les écrire ?

La découverte du passé, la mise au grand jour de souvenirs refoulés est un véritable boomerang disent les psychologues, c’est aussi la trame du récit qui va en s’accélérant jusqu’à tenir le lecteur en haleine jusqu’à un final tout en tendresse et en apaisement. Tatiana de Rosnay nous offre le baiser de la vie en guise de point final.

Tatiana de Rosnay, Boomerang, Livre de Poche

La petite fille, le coyote et la mort de Puard

Ilsa, 11 ans, aime raconter des histoires de martiens et se délecte à écouter Benny, l’amant de sa mère qui lui raconte des récits d’extraterrestres tout droit sorti des comics américains. Dans le Village (on dit le Village comme dans le Prisonnier ou le film de Shyamalan), il se passe des choses étranges. Des animaux meurent mystérieusement, des humains tombent gravement malades. Et l’on suit ce qui se passe au Village à travers le carnet de notes d’Ilsa qui, comme Benny, croit dur comme fer que «c’est un coup des martiens».

La plume de Puard nous plonge dans un univers de bande dessinée, où les personnages sont de véritables caricatures, où l’humour souvent noir est toujours présent. Et comme les grands auteurs de romans policiers, il tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Le lecteur n’ignore pas que derrière cette description ahurissante faite par Ilsa se cache une réalité inquiétante. S’agit-il d’essais atomiques, d’épidémie virale foudroyante, ou d’autres choses encore?

Terminons par siffloter comme Benny (All That way, Frank Sinatra)

Who knows where the road will lead us

Only a fool would say

Qui sait où la route nous mènera

Seul un fou pourrait le dire

Puard, La petiete fille, le coyote et la mort, Librairie des Champs-Elysées, collection Le masque

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer

C’est une histoire d’amour internet ou plus exactement d’un dialogue entre Léo et Emmi au sujet de leur vécu amoureux. Le hasard d’une presque homonymie sera responsable de la rencontre de deux êtres qu’apparemment tout sépare. Rencontre qui va générer des échanges épistolaires étonnants de vérité tel celui-ci (page 35) :

«Vous êtes donc un de ces hommes qui ne s’intéresse à une femme qu’au début et à la fin, quand il veut l’avoir et juste avant qu’elle ne finisse par lui échapper. Ce qui se passe entretemps – appelé aussi vie de couple – vous ennuie et vous fatigue, ou les deux. Je me trompe?»

Daniel Glattauer explore, à travers les courriels d’un homme et d’une femme, les méandres de l’âme humaine ainsi que la complexité de la séduction et du désir, le tout teinté d’un orgueil bien masculin. Sans omettre les cas bien réels de femmes solaires qui ont une approche masculine de la séduction et ne peuvent s’empêcher de séduire, qu’elles soient mariées, fiancées ou engagées. L’intérêt pour le début et la fin d’une histoire, fût-elle d’amour, se retrouve chez bon nombre de lecteurs de romans policiers. L’atmosphère du début, celle qui précède le crime, est celle

de tous les possibles et où l’imminence de l’instant fatal suscite l’adrénaline du lecteur. Celle de la fin, où l’imminence de la conclusion pousse le lecteur à aller plus vite vers les pages finales, est également un «facteur d’adrénaline».

En exposant son vécu amoureux, Léo avoue qu’il a décidé de se lancer dans une thérapie pour reconquérir le coeur de Marlène.

Daniel Glattauer, Quand souffle le vent du nord, Livre de Poche

Désert brûlant de Christine Arnothy

C’est un véritable chef-d’oeuvre que Christine Arnothy nous livre ici en combinant roman d’amour, intrigue psychologique et thriller policier. «Désir brûlant» devrait être le titre de ce pélerinage amoureux mettant en scène un jeune et brillant avocat et une jeune héritière d’une grande famille aristocratique autrichienne dont les ébats amoureux enflammeront leurs esprits jusqu’à oublier presque que leur vie est menacée et que le périple est long jusqu’à la délivrance. De New York à San Francisco en passant par Savannah et Las Vegas, le trajet est parsemé d’embûches. D’avocats véreux à avocats naïfs, Arnothy nous fait découvrir tout ce

qui gravite dans le monde huppé de l’aristocratie, où cynisme et intérêts font souvent bon ménage. Simplement passionnant

Désert brûlant, Christine Arnothy, Livre de poche

De là on voit la mer de Philippe Besson

Roman psychologique qui décline le triangle amoureux à la façon d’une pièce de théâtre en 3 actes, et où l’intensité dramatique apparaître au deuxième acte lorsque les protagonistes seront à l’épreuve de vérité. Un exemple (page 111) : «Il lance : ‘’Et bien, dis-moi. Dis-moi si je compte encore pour toi’’ . Voilà c’est ainsi : il y a des moments dans une existence où on demande la vérité alors qu’on présume qu’elle va nous heurter. Des situations dans lesquelles on renonce au confort de l’ignorance, aux vapeurs anesthésiantes de l’incertitude et où on

prend le risque du réel, de la dureté du réel. Des exaspérations telles qu’on a besoin d’en finir une fois pour toutes».

Deux lieux, Paris et Livourne, des décors magnifiques, quatre protagonistes et des questions lancinantes qui reviennent de manière récurrente, voilà quelques ingrédients qui font de ce thriller psychologique un ouvrage que l’on dévore

De là on voit la mer, Philippe Besson, 10/18, 2013