L’appui de l’armée aux manifestations civiles

Certains évènements font la notoriété de la Suisse comme le Forum de Davos, les conférences internationales de Genève, la Patrouille des Glaciers, le Basel Tattoo, les championnats d’Europe, les différentes fêtes fédérales et plus particulièrement la fête fédérale de lutte suisse et des jeux alpestres. Toutes ces fêtes ne pourraient voir le jour sans les engagements dans le cadre de l’ordonnance concernant l’appui de manifestations civiles (OACM).

En règle générale, les engagements selon l’OACM sont des contributions subsidiaires de l’armée à la réalisation de grandes manifestations civiles d’importance nationale ou internationale. Ces prestations ne sont pas des appuis pour l’aide en cas de catastrophe, pour l’aide humanitaire ou pour des engagements subsidiaires de sûreté.

L’armée ne peut pas apporter son soutien à tout événement d’intérêt public ou d’importance nationale. Suite à la réduction de ses effectifs, les engagements selon l’OACM ont été inévitablement réduits au minimum et sont limités dans le temps.

En principe, même si toutes les conditions sont remplies, le requérant ne peut faire valoir aucun droit à l’appui de moyens militaires. L’analyse de faisabilité et de disponibilité de la troupe (qualitativement et quantitativement) est un facteur important pour la fourniture de prestations. Les entreprises civiles ne doivent en outre pas être concurrencées de manière excessive.

Les demandes d’appuis de troupes pour le soutien d’activités civiles doivent être déposées deux ans à l’avance pour de grandes manifestations et six mois pour les autres cas, et adressées à la Région territoriale compétente (en l’occurrence, la Région territoriale 1). La fête fédérale de lutte suisse et de jeux alpestres 2016 a été l’une des manifestations qui a pu bénéficier de l’appui de l’armée. Voici quelques chiffres pour cette fête : 800 athlètes, 52’000 personnes dans « l’Arène de la Broye » et 280’000 visiteurs sur la place de fête, d’une surface de 90 hectares, le tout sur un week-end.

Est-ce vraiment le rôle de l’Armée suisse ?

D’aucuns jugent que ce n’est pas le rôle de l’armée de seconder ce genre de fêtes. Nous devons nous rendre à l’évidence que, sans ce soutien, aucune manifestation de grande envergure ne verrait le jour. Cela représente un soutien fondamental au niveau de l’organisation car un dispositif de gestion du trafic, de transport, de sécurité et d’approvisionnement est mis en place pour la réussite de la manifestation.

Au niveau logistique, l’armée aide notamment à monter ou démonter des infrastructures, à gérer la circulation, à assurer le service sanitaire ou à accomplir des travaux de génie. Ces activités permettent à la troupe de s’instruire en collaborant avec des civils et de s’entraîner à fournir des prestations militaires dans la pratique sur des ouvrages adaptés. Il s’agit d’un complément nécessaire aux instructions reçues sur une place d’armes ou un terrain d’entraînement. La troupe engagée n’a pas le droit d’assumer des tâches de la police et les militaires concernés sont toujours engagés sans arme.

Les civils peuvent ainsi compter sur une compétence de formation de conduite axée sur la pratique avec de précieuses expériences dans la gestion du stress et des conflits. Des compétences qui peuvent aussi être utilisées au quotidien, dans l’activité professionnelle civile, un partenariat où chacun gagne (« win-win »).

« Présence 16 »

Autre compétence mise en place à la fête fédérale, la communication : un stand promotionnel a été monté afin de montrer au public quelques activités de l’armée, du matériel technique et bien sûr rencontrer les citoyens suisses en répondant à leurs questions. Le programme « Présence 16 » signifie que l’armée présente ses troupes en service dans le cadre d’expositions, de démonstrations ou de journées portes ouvertes, sous le mot d’ordre : « Ton pays, ta sécurité, ton armée ». Le but de cette démarche est d’améliorer la visibilité de l’armée, souligner sa proximité avec la population et informer à une large échelle.

A l’occasion de la fête fédérale de lutte, la Région territoriale 1, par l’entremise de ses officiers et avec l’appui du bataillon d’aide en cas de catastrophe 34 (bat acc 34) et du bataillon d’infanterie de montagne 7 (bat inf mont 7), a monté les différentes infrastructures (arènes, estrades, containers, etc.).

Comme membre de l’état-major cantonal fribourgeois de liaison territoriale (EM cant li ter), je me suis mis à disposition pour être présent sur les stands. Différents modules ont été présentés, comme la menace, ainsi que les différentes activités d’engagement, à savoir : sauver, aider, protéger, combattre. Une place est dévolue à l’armée de milice et les différents corps de métier qui contribuent au bon fonctionnement de l’institution. Cela nous a permis de côtoyer toute la population de 7 à 77 ans en passant par les anciens, qui se remémorent leurs services avec l’Armée 61, et les jeunes, qui vont se présenter prochainement au recrutement.

Nous avons pu compter sur la présence de Monsieur le Conseiller fédéral Guy Parmelin ainsi que du Chef de l’Armée, d’officiers généraux et de militaires. Les familles sont venues nombreuses : quel plaisir de voir les enfants s’émerveiller devant le matériel et les véhicules qui étaient exposés !

Les plus petits disposaient d’une place de grimage pour avoir la possibilité de ressembler à de vrais militaires. Les plus téméraires ont pu se mettre dans la peau d’un pointeur dans la tourelle d’un Piranha. La manipulation de la mitrailleuse et le port du sac de combat donnaient aux plus costauds les prémices de leur engagement.

Le bat inf mont 7 a présenté sous la forme d’une démonstration le combat de localité avec toutes les formes de menaces et de violences que les soldats sont à même de rencontrer. Les mises en situation présentées étaient si réelles que les spectateurs étaient épatés par la qualité des interventions. Les militaires du bat inf mont 7 ont su captiver l’auditoire tant sur le plan des démonstrations que des explications sur le matériel et les moyens engagés.

Bien communiquer : une nécessité

Nous avons pu constater un véritable engouement à notre présence sur la place de fête car bien des personnes sont conscientes de l’investissement de l’armée pour la mise en place d’une telle manifestation. Quelle satisfaction personnelle de voir que sur le nombre de personnes qui nous ont visitées, aucune n’a manifesté de controverse envers l’institution. Preuve que c’est à l’occasion de ces manifestations que nous devons nous présenter et informer la population sur nos missions et les défis futurs à relever.

Lieutenant-Colonel Pierre-Alain Scherly

Vice-Président de la Société Fribourgeoise des Officiers (SFO)