Bashkim Iseni, directeur d’Albinfo.ch, nous parle des joueurs de la Nati d’origine kosovare et de leur attachement à la croix blanche.

Dans une chronique récente, un commentateur sportif d’outre-Sarine a adressé un message offensif à l’encontre des joueurs d’origine kosovare de la Nati, leur demandant, s’ils doutent, de s’en aller de l’équipe helvétique. Ce jugement lourd intervenait à la veille d’un climat de suspicion créé dans l’opinion suite à l’admission du Kosovo – pays devenu indépendant depuis 2008 – au sein de l’UEFA, et des craintes de voir certains de ces joueurs quitter l’équipe suisse. Les propos du journaliste se basaient sur des rumeurs échafaudées à partir des déclarations de certains de ces joueurs datant de plus de deux ans, dans lesquelles ils n’excluaient pas l’éventualité de choisir un jour le maillot kosovar.

 

Sur le plan des faits, cette déclaration fut clairement hâtive, car dans le contexte des développements actuels, les principaux concernés n’avaient strictement rien laissé entendre de tel. Au contraire, même Valon Behrami, senior en fin de carrière qui aurait éventuellement pu y songer, par opportunisme, avait écarté cette hypothèse. Il y a quelques jours, Granit Xhaka remettait l’église au milieu du village, en affirmant clairement qu’il n’échangera pas le maillot de la Nati, et ce malgré, un nouveau rebondissement, l’admission du Kosovo à la FIFA.

 

On peut aisément comprendre les craintes, légitimes, de professionnels du foot suisse, de voir nombre de joueurs talentueux issus de la diversité courtisée par les équipes nationales de leur pays d’origine. A l’image d’Ivan Rakitic qui avait, en 2007, opté de jouer sous les losanges de la Croatie, alors qu’il avait été formé par la Suisse. Néanmoins, force est de constater que sur le fond, les types de jugements précités ont quelque chose de malsain car ils vont jusqu’à sous-entendre que si ces joueurs-là portent le maillot comme un «mariage forcé», ce serait une chance pour la Suisse s’ils s’en allaient.

Les pensées cocardières n’ont pas de place sur la pelouse verte

En fait, ce mode opératoire qui consiste à jeter un doute sur l’attachement à la Croix blanche des joueurs de la Nati originaires des Balkans est inacceptable. Ce type d’apanage dans le discours sur l’identité adresse un message ambigu, car il se réclame comme étant la voix de la vraie Suissitude, qui serait porteuse de valeurs, à l’opposé d’Helvètes qui le sont sur le papier uniquement.

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Les pensées cocardières n’ont pas de place sur la pelouse verte, car le foot helvétique rayonne aussi grâce et par sa diversité. Shaqiri vient de le rappeler, affirmant qu’il jouera de tout cœur pour le maillot rouge à croix blanche. En fait, lui et ses colistiers n’ont pas besoin de faire leurs preuves, car ils ont conquis le cœur de tous, Suisses – natifs ou naturalisés – ou immigrés. Enfin, même si le cœur des fans aux origines immigrées peut naturellement pencher aussi pour l’équipe de leur culture d’origine, la Nati, performante et métissée, nous rallie et nous fait tous rêver. Hop Suisse!

 

Cet article a été publié au préalable sur Albinfo.ch