Lancée en 1999, la plateforme Scholars at Risk a pour objectif de soutenir les universitaires, enseignants, chercheurs et étudiants empêchés de travailler voire menacés dans leur intégrité physique. Le réseau, qui réunit des hautes écoles dont l’UNIGE dans une trentaine de pays, vient de publier son troisième rapport, Free to Think 2017. Celui-ci recense et analyse les attaques survenues à l’encontre du milieu académique durant l’année: assassinats, violences, disparitions, emprisonnements, restrictions de voyage, entraves à la carrière, expulsions…
La plupart de ces attaques interviennent dans le contexte de régimes autoritaires et d’atteintes généralisées aux libertés d’expression. Mais aussi – un phénomène qui s’est accentué au cours de ces dernières années – dans des situations d’instabilité politique et de conflits internes, favorisant les interventions meurtrières de groupes armés sur des campus. Ces attaques prennent également des formes plus insidieuses ou indirectes à travers des législations menaçant l’autonomie et la liberté académiques.

En rendant public ces atteintes, Scholars at Risk vise à faire pression sur les autorités des pays concernés afin qu’elles interviennent. Un autre type d’actions consiste, de la part d’universités membres du réseau, à accueillir des universitaires ayant été privés d’exercer leur métier dans leur pays.

Membre de Scholars at Risk et première haute école suisse à adhérer au réseau en 2008, l’UNIGE a pris des mesures afin d’aménager des postes temporaires pour des enseignants ou chercheurs. En 2014-2015, l’Unité TECFA de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation a ainsi accueilli une professeure syrienne, suivie l’année suivante par deux universitaires turcs, dont un Kurde. Le Service des affaires internationales projette d’accueillir un chercheur syrien en 2018. —

Intégralité du rapport Free to Think 2017


 

 Sous la loupe
Parmi les 257 incidents recensés par le rapport «Free to Think 2017», voici deux cas exemplaires d’attaques contre la communauté académique

Le 13 avril 2017, Mashal Khan, un étudiant en journalisme à l’Université Abdul Wali Khan au Pakistan, est brutalement assailli par des émeutiers et finit par décéder. Il aurait tenu des propos blasphématoires sur son compte Facebook. Mais une enquête a révélé que ce serait plutôt ses positions sur les droits des étudiants au sein de l’université qui lui auraient valu d’être attaqué.
Le 10 septembre 2016, le professeur d’économie Mehmet Altan et son frère journaliste, Ahmet Altan, sont arrêtés suite à leur participation à un débat télévisé au cours duquel ils auraient envoyé des messages subliminaux aux fomenteurs du coup d’État contre le gouvernement Erdogan. Ils se trouvent toujours en détention.

 


«La formation est le meilleur rempart contre le fanatisme»

L’UNIGE est membre de Scholars at Risk depuis bientôt dix ans et a joué un rôle pionnier dans le développement du réseau en Suisse. Yves Flückiger explique les raisons de son engagement sur ce dossier.

Pourquoi l’UNIGE a-t-elle rejoint Scholars at Risk dès 2008?
Yves Flückiger: L’accueil de scientifiques, de chercheuses et de chercheurs  confrontés à des situations risquées dans leur pays s’inscrit dans une stratégie plus vaste et une conviction plus profonde: celle que la formation constitue aujourd’hui plus que jamais le meilleur des remparts contre toute forme de fanatisme. Nous pouvons contribuer à former cette digue en accueillant des chercheuses et chercheurs en danger mais aussi en ouvrant nos portes aux étudiants réfugiés dans notre canton, dans le cadre du programme «Horizon académique». Nous pouvons également proposer des formations aux populations fragilisées à travers le monde ou privées d’accès à l’enseignement supérieur, comme dans le cadre du projet InZone implanté dans des camps de réfugiés, ou au travers des MOOCs.

Les pressions et violences à l’encontre des universitaires sont-elles un phénomène nouveau?
Elles ont malheureusement toujours existé, mais on assiste aujourd’hui à une recrudescence de ces pressions et de ces violences, une tendance qui s’accompagne d’ailleurs d’un mouvement de remise en cause de l’expertise scientifique.

Pourquoi les universités deviennent-elles des cibles pour des groupes terroristes?
L’éducation est un vecteur essentiel de la démocratie et l’expression de la capacité à l’autodétermination des individus. Cela représente par conséquent une menace pour un certain nombre de mouvements fondamentalement antidémocratiques fondés sur la terreur.

Avez-vous eu des contacts personnels avec des recteurs d’université victimes de violences?
Non, pas directement. Mais il est de notre devoir de présidents, de recteurs et de rectrices d’université de dénoncer toutes les situations dans lesquelles la liberté académique est bafouée, que ce soit par des violences matérielles contre des infrastructures de formation ou de recherche ou par des violences physiques à l’encontre des personnes elles-mêmes, des  étudiants empêchés de se former ou des scientifiques entravés dans leur recherche. Les attaques contre la liberté académique, quel que soit le lieu où elles se produisent, concernent tous les établissements de formation et de recherche. La solidarité est un devoir fondateur de nos institutions.  —